Un arrêt de bus nocturne

Alors le bus s’arrêtait. Les lumières se rallumaient quand je lisais Rayuela, m’enfonçant dans cette nuit que les dormeurs n’auront pas connue. La plupart des Boliviens roupillaient encore. (J’avais déjà remarqué ça dans le bus vers Salta : les Boliviens s’endorment au garde-à-vous et vas-y pour les réveiller !)
Il y avait plusieurs bus dans cet endroit de la nuit où quelques échoppes mal achalandées recevaient les zombies du voyage.

J’avais faim mais envie de rien de ce qui était proposé. Je voulais du vin rouge pour me saouler, dormir enfin – il n’y en avait pas.

Dans la rue, Evo construisait le pays à lui seul à l’aide de ses deux bras et je crachais sur la naïveté de ceux que cette propagande pouvait toucher.

Je faillis perde mon appareil photo dans des toilettes à la turc répugnants, encensés plutôt que lavés. Même la rue sentait l’urine. A tout prendre, je compris pourquoi la plupart préférait l’air libre à l’endroit sordide d’où je sortais.

J’ai raconté tout ça car pendant ce temps, toi, tu dormais avec les Boliviens du fond.

Puis le bus repartit. La route continuait.

Bande originale de la bulle : Moondog Jr. (Zita Swoon), “Jintro and the Great Luna”

Garder un peu de Belgique en soi, toujours.

(PdB) Écrit par :