Catégorie : Cinéma

9 novembre 2015 / Cinéma

On avait adoré cette bande de trentenaires, révélée au grand public par la fraicheur et le rythme effréné de la série “Bref.”, qui narrait en alternant fantaisie et drame, les affres d’un Parisien patachon. On a aimé retrouver les différents acteurs en solo sur scène et sans doute le temps de passer au format long et sur le grand écran, était arrivé pour cette bande là. Non sans risque.

Kheiron – l’ami imaginaire éponyme du narrateur de “Bref.” –  a choisi de raconter la vie de ses parents, militants politiques pris dans les troubles de l’Iran des années 70, lorsque le pays troquait, pour la plus grande désillusion des démocrates, un shah contre un félin islamiste sans doute pire encore que celui qui avait filé. Une série de petits sketchs efficaces et aux dialogues justes, alternent avec des moments où la musique prend le relai, quand il serait verbeux d’en dire plus, et tout cela tisse ensemble le fil d’une histoire, la lutte politique à Téhéran, l’amour qui se vit sous les draps tendus et le bruit des balles, la prison, l’exil en Turquie jusqu’à l’immigration dans la banlieue parisienne d’où le couple ne repartira jamais.

23 juin 2011 / Cinéma

Pour son second film derrière les caméras, Roschdy Zem s’attaquait à « l’affaire » Omar Raddad, ce jardinier condamné en 1993 pour l’homicide de Ghislaine Marchal, son employeuse. Affaire judiciaire encore présente à l’esprit (et bientôt à nouveau dans l’actualité), le projet s’avérait parsemé d’embuches, quoi qu’il fasse. Heureusement, Zem, qu’on a vu par deux fois dans la peau d’un policier en 2010, ne devient pas un provocateur manichéen dès qu’il prend la casquette de réalisateur. En se basant sur la lecture attentive du dossier, puis Pourquoi moi ? d’Omar Raddad lui-même et La construction d’un coupable de Jean-Marie Rouart paru en 1994 (choix qui ne laisse planer aucun doute sur le fait que le film va défendre la thèse de l’erreur judiciaire), il livre un film sachant s’arrêter à des limites intelligemment fixées. Même si, évidemment, humaniser une affaire tend toujours un peu à créer un phénomène d’empathie qui en oriente la vision.

Un film, pas une contre-enquête

Première de ces limites volontaires : ne pas avoir la prétention de montrer la vérité. Alors que le projet était tout d’abord axé sur l’homme accusé plus que sur l’affaire dans laquelle il se trouvait pris, si en étudiant un peu les archives judiciaires et y trouvant de nombreuses zones d’ombres, il a très vite pensé qu’il lui fallait couvrir toute l’affaire, pas question pour autant pour lui de juger à la place de la justice. On suivra alors le futur académicien Jean-Marie Rouart – et une assistante dépêchée par l’éditeur (plus incrédule pour sa part) – descendu dans le Var sur la base de son intime conviction pour tenter de montrer l’incohérence des accusations ; sans désirer pour autant traquer le vrai coupable. Pas même du côté de la famille de la défunte ; Me Kiejman, avocat de cette dernière, en sort rassuré. Le film ne fait pas non plus d’Omar Raddad un individu sans aspérité : on le voit au casino jouer frénétiquement, récuser l’idée qu’il soit allé voir des filles de joie (comme tous les hommes honteux de la Terre) ou se refusant de participer à une reconstitution dans la villa du meurtre (au grand dam d’un juge surjoué par un acteur caricatural). Le doute n’en est pas moins instauré dans l’esprit du spectateur, et c’est là l’essentiel. Il reste alors au réalisateur à s’étonner d’une condamnation sur la base d’éléments pour lui si faibles : « aujourd’hui on acquitte pour défaut de preuves, pour moins que cela », nous assurait-il.

29 mars 2011 / Cinéma

Tous les soleils, film de Philippe Claudel qui sortira demain, nous conte avec une légèreté estivale, la vie d’un strasbourgeois d’origine italienne, aussi veuf que professeur de musique baroque, qui vit avec sa fille adolescente en train de devenir femme (c’est-à-dire pleinement pénible), ainsi qu’avec son frère, cloitré dans l’appartement en robe de chambre et pyjama, végétant depuis son exil volontaire loin de l’Italie berlusconienne, en attendant l’obtention espérée de son statut de réfugié politique en France.

En attendant le délit d’hypersexualité médiatisée

Peut-on se voir attribuer un statut de victime lorsqu’on refuse d’être représenté par le plus illustre obsédé sexuel qu’ait connu l’Italie, faisant de Rocco Sifredi et Casanova des petits joueurs ? Peut-on s’estimer personnellement suffisamment menacé par l’omnipotence d’un politicientrepreneur, parce que, outre faire le jour et la nuit dans les medias du pays qu’il possède en grande partie, il s’occupe pendant son temps libre à sauvegarder la diversité des pratiques sexuelles, introduisant notamment en Europe la pratique du Bunga-Bunga, et œuvrant ainsi au rapprochement fraternel des cultures méditerranéennes ? Corruption, magouilles et pédophilie auront peut-être un jour raison de la carrière du chef d’Etat. En attendant, les Droits de l’Homme ne font pas de la satyriasis assumée un crime contre l’Humanité. Pas plus que l’usage décomplexé et impudique de sa droite dure n’est récriminé lorsqu’on veut contracter des alliances charnelles avec les parties les plus politiquement incorrectes de quelques jeunes aspirantes à des promotions canapé, pourvu qu’elles soient majeures. Haïr Berlusconi n’est pas suffisant pour faire valoir des droits particuliers, et l’Italie reste encore un Etat de droit. Débouté, l’opposant s’ébat alors stérilement en fomentant des micro-révolutions « à la Cantona », … mais avec un rien plus d’efficacité que le second. Ce qui ne l’empêche pas d’être réduit, dans son impuissance, à lancer piques grinçantes et fléchettes dérisoires sur une cible à l’effigie du botoxé honni, … lorsqu’il ne soigne pas ses pulsions négatives en regardant des séries abrutissantes ou en chatant sur des sites sexy qui émoussent ses ardeurs politiques tout en émoustillant ses sens.

3 août 2010 / Cinéma

Tête de turc, ça commence par les cris, des policiers qui embarquent une mère de famille et son enfant, dans une rue d’une banlieue de l’Essonne, tentant de la calmer tout en maitrisant un début de caillassage lancé par quelques jeunes alertés par le bruit. Caméra au poing, cailloux et colère, et un landau renversé qui reste sur le bitume. Dès les premières images le ton est donné et pas le temps de faire tranquillement connaissance avec les personnages ou de planter un paysage avec de longs travellings aériens sur la cité et son quotidien : in media res, dans le premier film de Pascal Elbé en tant que réalisateur, c’est un cadrage resserré. « A taille humaine » nous affirmera-t-il à la fin de cette projection d’avant-première, en ce 02 mars 2010, sans doute, mais difficile de ne pas voir cela comme un étau. Qui délimite la scène close d’une tragédie racinienne où les tours restent debout et les corps ont plus de mal à ne pas se faire écraser par des Bienveillantes enragées et perverses qui broient les vies quand elles ne les laissent pas pourrir dans le mutisme et la peur.

21 juillet 2010 / Cinéma
7 juillet 2010 / Cinéma

L’Autre Monde : Bande-Annonce (VF/HD) L’autre monde, de Gilles Marchand, qui sortira le 14 juillet, contrairement à ce que la bande-annonce laisse entrevoir, est un peu comme une photographie mal cadrée qui a en son centre des éléments inutiles et banals alors qu’on devine sur les bords le début de quelque chose d’intéressant dont on ne verra rien de plus. Et ce même pas dans ces approches érotiques qui excitent votre désir de voir la suite comme un décolleté plongeant qui sait s’arrêter à temps pour maintenir le charme, mais juste à la façon d’un pull mal tricoté, pas à la bonne taille, mal ajusté… Un été dans le sud, Gaspard sort depuis peu avec Marion, ils sont jeunes et gentils et auraient pu vivre une petite vie terne et heureuse s’ils n’avaient pas trouvé le téléphone portable d’une jeune fille mystérieuse, Sam (une blonde gothique au nom de garçon), et décidé de se rendre au rendez-vous qu’elle y fixe à un aussi énigmatique Dragon tout droit sorti de l’univers elfique de Tolkien. Suivant ce couple improbable, qui semble se rencontrer pour la première fois, ils arriveront à temps pour sortir la jeune fille de la voiture où ils avaient décidé de se suicider par asphyxie. Fatalement, Gaspard recroisera celle que l’état-civil connait sous le prénom d’Audrey. Banalement, ce timide petit tombe de cette extraordinaire adolescente paumée, de son tatouage juste au dessus des fesses qu’elle se plait à lui montrer longuement, de son univers de poésie punk romantique du XIXème siècle imbibée de nihilisme, et rêve de s’encanailler avec elle, malgré la présence dangereuse de son frère, un petit dealer avide de défis et qui semble prendre lui aussi prendre un certain plaisir à jouer avec la mort. Tout naturellement il va vouloir la retrouver dans le jeu vidéo qu’elle fréquente, pour réussir dans un autre monde, protégé et enhardi par l’anonymat de son avatar, ce qu’il n’arrive pas à faire dans sa vie de chair et d’os : se rapprocher de la blonde à petite poitrine mais apparemment forte personnalité et tenter très prosaïquement d’aller faire un peu de social dans le chaud des lèvres de la malheureuse.

7 juin 2010 / Cinéma

Certes le film est sorti il y a quelque temps maintenant. Certes, entre temps, Tim Burton a présidé un Festival de Cannes qui a primé un réalisateur thaïlandais au nom, pour nous autres francophones, aussi imprononçable que le volcan islandais et au rythme, parait-il, pour nous autres enfants du cinéma pop-corn américain, insoutenable de lenteur. Pourquoi le faire alors ?, vu que l’eau a coulé sous les ponts, que d’autres faits plus graves se déroulent en ce moment de crise où la bulle budgétaire des Etats dispendieux éclate enfin sous les gémissements naïfs des dirigeants-qui-savent. Le lapin blanc de Keynes est parti et croyant qu’il nous a emmené au Wonderland de la dette, nous nous découvrons groggy en plein milieu de Grogland. N’y a-t-il rien de plus grave alors que le couple sionisto-palestinien casse encore la vaisselle au point de commencer à gêner les voisins, que les journaux préparent déjà dans leur congélateur à « viande froide » pour sujets chauds quelques débuts de nécrologies de la zone euro ? Ou que ceux qui prétendaient – main sur le cœur et « faites moi confiance » plein la bouche – qu’ils ne toucheraient pas à l’âge légal de la retraite, nous annoncent maintenant que c’est inéluctable et qu’il faudra travailler au-delà de 60 ans ? Parce qu’en ces temps chahutés, cette période charnière, ce lent mouvement de déréliction et d’incertitudes, il doit au moins rester quelque chose de protégé dans nos âmes meurtries, au milieu du cimetière de nos illusions perdues et face à la dureté du monde : cette part d’enfance qui se refuse à grandir, cette innocence inouïe qui berce le fond de notre cœur de pitchounet, cette promesse indélébile que nous avions fait à notre Bisounours préféré, chuchotée de le creux de son oreille en mousse, et qui disait que jamais nous ne deviendrons de sales adultes comme les autres. Alors au nom de l’enfant qui est en nous tous, non non non,

ne regardez pas l’Alice de Tim Burton !

6 avril 2010 / Cinéma

En réalisant un film sur l’impossibilité de choisir et la difficulté de supporter sur ses épaules l’ampleur des vies possibles sur lesquelles chaque décision peut ouvrir, Jaco van Dormael a, avec Mr Nobody, au moins été cohérent avec son sujet.

En effet, probablement incapable de se contenter de réaliser ou un film d’amour classique avec désirs contrariés et happy end larmoyant, ou de science-fiction profond avec effets spéciaux très beaux, fou encore de donner à son histoire la teneur d’un conte philosophique comme pouvait l’être L’effet papillon (2004) de Eric Bress et J. Mackye Gruber, le belge aura réalisé un méli-mélo souvent pénible à suivre. A avoir la prétention de mêler genres et tons en un même tout, et sans réussir à ce que la pâte se fluidifie vraiment lors de ce film d’au moins une demi-heure de trop, on se retrouve devant un flot de grumeaux d’où surnagent quelques incrustations pseudo-scientifiques alourdissant un labyrinthe sans rythme, sans logique apparente, qui semble ne jamais commencer mais surtout … ne jamais finir !

5 mars 2010 / Cinéma

Vu lors d’une avant-première, le 25/02/2010, en présence du réalisateur, Grégoire Vigneron, et des deux acteurs principaux du film (Benoit Magimel dans le rôle d’Etienne et François-Xavier Demaison dans celui de son vieux pote de lycée, Patrick) ce Sans laisser de traces aura été une véritable bonne surprise.



Contrepieds, fausses pistes, la dérobade pourrait être le dernier mot de ce film qui ne sera jamais simplement ce qu’il promet être de prime abord. Si chaque nouvelle situation commence par se laisser aguicher par des clichés sans relief, ceux-ci s’esquivent toujours rapidement en vous regardant avec le petit rire sourd d’un « vous n’y pensiez pas, quand même ? » qui vous laisse coi, et ce depuis la bande-annonce gentiment trompeuse jusqu’à la chute et sa fin ouverte. De sorte que le film est plus qu’un thriller psychologique « à la française » où les couples se défont et les familles se déchirent, bien plus intéressant qu’un simple film policier qui voit un flic finir par coincer le tueur que l’on connait depuis le début grâce à quelques jeux de regards caricaturaux et un détail idiot qui aura finit par constituer une preuve irréfutable, bien au-delà d’un drame et — comme le voulait Nietzsche — par-delà le Bien et le Mal, l’histoire avance avec brio, sans temps morts mais sans précipitations. Elle entraine Etienne, à la veille de devenir le PDG d’une grande entreprise dont il a su gravir les échelons, dans une déréliction inexorable de sa vie que la conjonction d’un remord et d’une rencontre fortuite avec un vieux pote de lycée aura déclenché.

25 janvier 2010 / Cinéma

Pour moi qui rêvais pendant des années de réaliser le film érotique ultime, sorte de long clip musical où un scénario tenant un peu plus que sur la ligne effilée d’un string aurait servi de trame à ce long poème à la gloire du désir, aux beaux yeux d’une seule Hélène pour qui on aurait laissé sans peine aller s’étriper quelques milliers de rustres hellènes (et quoi d’autre que la femme pour soulever montagnes et s’élever le gouffre ?), si je sentais bien qu’In the Mood for Love avait timidement commencé à me faire une certaine concurrence par anticipation, le conte de Joann Sfar m’aura laissé sans appel : mon film n’a pas encore été réalisé mais on s’en approche !

Prétextant réaliser un film à mi-chemin entre un banal biopic et une biographie imaginaire d’un chanteur d’origine juive et laid qui aurait plus ou moins suivi la trame de la vie de Lucien Ginsburg devenu Serge Gainsbourg, la caméra du réalisateur dévore les unes après les autres, dans un monde emprunté à Jean-Pierre Jeunet, les femmes qui ont ponctué l’existence du provocateur bourré et toujours clope au bec. Juliette Greco avec la frissonnante Anna Mouglalis, Laeudanla téitéia Casta parfaitement moulée dans la peau de Brigitte Bardot, filles de passage aux heures de gloire, jeune modèle posant dans la France occupée et que – petit tchatcheur haut comme trois pommes – il arrivera à émouvoir, Jane Birkin évidemment, Bambou, et aux hormones etc. Chaque épisode amoureux devient une aubaine pour le réalisateur qui, tel un Pedro Almódavar filmant voluptueusement la moindre parcelle de peau de Penelope Cruz avec un amour palpable, dévore de la caméra à grand coups de caresses et de lumières improbables toutes les femmes que la vie du chanteur lui auront permis de placer. Le tout entrecoupé de petits clips et d’incrustations sonores en forme de clins d’œil où une chanson que tous français ayant eu télé et radio ces trente dernières années ne peut pas reconnaître est réinscrite dans le contexte de son élaboration, quitte à quelques distorsions anachroniques ou des réminiscences projectives. Voire quelques moments de rire lorsque le jeune débutant rencontre un Boris Vian déjanté, incarné par l’aussi délirant Philippe Katerine, ou quand le compositeur déjà plus mature demande en cachette à une France Gall confinée à l’extrémité de la puérilité si elle voudrait chanter une chanson cochonne pour faire un peu « chier » son producteur de père… Une histoire qui partira en sucette …