Catégorie : Carnets de voyage

12 septembre 2018 / Carnets de voyage

Santiago du Chili, la capitale chilienne devient une ville de plus en plus invivable. Certes, le vélo se développe assez avec des pistes cyclables qui apparaissent mais l’architecture se dégrade. Les bâtiments de plus de 20 étages poussent partout, les uns collés aux autres, remplis de pauvres gens qui doivent…

5 mars 2018 / Carnets de voyage

L’Europe a donné le meilleur de l’humanité à l’Amérique. L’Amérique l’a encore amélioré. [2014] * L’Europe a dégagé tout ce dont elle ne voulait plus en Amérique, tout ce qu’il y avait de fanatiques, de pauvres et de rusés dangereux. L’Amérique a sélectionné le meilleur du pire en les unissant dans…

14 octobre 2016 / Carnets de voyage

Pour ne rien te cacher, je ne suis pas allé directement à Romans-sur-Isère. Sur la route, après la Coucourde qui m’a encore fait rire, j’ai vu le nom “Privas”. Il y a vingt ans, une jeune-fille que j’ai aimée me parlait de cette ville, lorsque nous étions au milieu de…

9 juin 2016 / Carnets de voyage

Je la trouve belle car étrange et elle doit me trouver bizarre. Elle est assise à quelques mètres de moi, frontalement, et je n’ose la scruter longuement de la même façon. Je sens à nos regards qui se croisent sans l’assumer, que je suis aussi pour elle objet de curiosité.…

16 mai 2016 / Carnets de voyage

Alors le bus s’arrêtait. Les lumières se rallumaient quand je lisais Rayuela, m’enfonçant dans cette nuit que les dormeurs n’auront pas connue. La plupart des Boliviens roupillaient encore. (J’avais déjà remarqué ça dans le bus vers Salta : les Boliviens s’endorment au garde-à-vous et vas-y pour les réveiller !) Il…

22 novembre 2015 / Carnets de voyage

Cher Sorj Chalandon,

Je vous ai croisé seul à un stand et j’ai failli venir vous voir. Je ne voulais pas acheter votre dernier livre, bien que je n’aie, soyez-en sûr, rien contre lui – seulement j’en ai déjà tellement en retard dans ma bibliothèque vers qui j’ai maintenant envie de me pencher que le vôtre attendra. Désolé, mais c’est comme ça. Je serais venu à vous, donc, sans gêner personne, sans jouer des coudes, sans avoir à justifier de ce temps pris aux autres, et peut-être même vous aurais-je rendu un peu service puisque vous auriez été occupé, vous évitant cette situation peu glorieuse de vous voir, vous grand écrivain, sans public, même dans une petite ville de province où quiconque ne passe pas à la télévision juste après le journal de 20h, n’est pas connu. Je l’aurais fait pour vous, vraiment, car j’ai horreur de ces stands de salons où on ne peut pas feuilleter un livre sans être épié par leur auteur guettant votre réaction – et moi j’aime faire des grimaces en ouvrant un livre quand je sens qu’il le mérite. Je l’aurais fait tout de même pour vous, personnellement, car, par exemple, à côté de vous se trouvait Carole Martinez, que je n’ai jamais lue mais que j’ai fait lire en achetant Le cœur cousu à Maman et je n’ai eu aucun scrupule à la laisser seule. Vous, je vous ai lu et entendu. J’aurais donc pu venir vous dire merci pour le Quatrième mur. Mais alors que j’allais me retourner vers vous, je me suis dit que j’aurais donc à vous dire que je vous remerciais de m’avoir construit patiemment une histoire pour la démolir ensuite au moment où j’étais entré moi-même dans le rêve stupide de votre personnage, que je n’ai pu m’empêcher de vouloir savoir, dans une longue nuit terminée avec votre livre et à 5h du matin, où se terminerait l’horreur (alors que vous nous l’aviez dit dès le départ !) et que c’est ce que j’ai lu de plus effroyable depuis des années. Vous m’auriez pris pour un masochiste.

22 novembre 2015 / Carnets de voyage
13 novembre 2015 / Carnets de voyage

Cher J*, mon ami, un peu de moi,

Tu te souviens de C* avec qui je passai ma dernière nuit au Chili. Nous avions dansé jusque vers quatre heures du matin et lorsque était venue l’heure pour les tenanciers de mettre tout le monde dehors, le DJ avait lancé des slows pendant que les lumières se rallumaient dans la salle. En l’espace de trente secondes tous les couples s’étaient vautrés l’un sur l’autre comme des cocottes minute qui venaient de passer des heures à mijoter dans la frustration et ils se bécotaient autour de nous deux, qui avions passés déjà plusieurs nuits à rentrer ensemble en taxi mais chacun chez soi, sans aucune ambiguïté d’aucun côté. Je rêvais moi aussi, alors, de prendre dans mes bras cette petite chilienne aventurière que  je risquais de ne jamais revoir, mais le faire dans ces conditions-là, eût été indigne de l’envie que j’avais d’elle. Je ne nous voyais pas participer à ces embrassades en batterie, comme des poules reproductrices sur la piste. Alors une fois de plus, nous sommes rentrés sans nous toucher, nous nous sommes tout avoué après coup et l’avion me ramena vers l’Europe un peu plus tard dans la journée avec un soupir coincé au fond de la gorge.

Deux ans après, elle m’attend à nouveau presque au pied d’une autre piste, dans la même danse, un tarmac d’où nous devons redécoller un jour après pour passer un bout de Patagonie ensemble, comme toi tu partis avec Gladys – la femme de ta vie, si tu ne l’avais pas reconnu trop tard – un peu plus haut que nous et à cheval sur les deux pays du Cône Sud, il y a 42 ans, mon ami.

Tu ne l’as pas touchée, cette femme, et l’absence de sa peau te pèse encore. Notre baiser, lui, est en suspens depuis deux ans, il nous suffit de le reprendre aux deux points où nous l’avons laissé et de faire descendre le troisième pour le poser sur ses lèvres, car nous sommes vivants.

19 septembre 2015 / Carnets de voyage

C’est entre le bas de la Belgique et le haut de l’Alsace qui est aussi le Bas-Rhin, que vous discutez d’ouvrir un café-fleuriste avec ce couple charmant, lui à la barbe si rousse qui fait dialoguer des cartes bleues avec des logiciels et elle à la voix si douce et au rire si beau qui vend des fleurs sans connaître leur langage malheureusement, t’avoue-t-elle, et tu te dis, il ne faut pas le connaître il faut le réinventer, sans cesse le changer pour qu’il parle toujours de la surprise et de la beauté fragile de l’existence. Entre temps tu constates que l’idée a déjà été piquée – les gens sont vraiment des copieurs ! – mais qu’elle reste bonne malgré tout car quel dommage que les fleurs ne soient pas consommées sur place, chez le fleuriste, là où les clients ne profitent de cette ambiance si parfumée quelques minutes seulement lorsqu’ils vont faire leur achat, retirant du pot commun quelques plantes qu’ils vont réserver à leur femme. Non pas que tu penses comme Rousseau que tout homme qui cueille une fleur la vole à la vue de tous les autres, mais à l’aune d’une mentalité d’entrepreneur, tu te dis que les vertus de ces fleurs sont sous-exploitées avant leur achat. Dans un deuxième temps, il pourrait faire dialoguer les fleurs avec Windows et là les résultats pourraient devenir originaux, mais le trajet ne dure pas assez longtemps pour que le brevet puisse être déposé.

30 août 2015 / Carnets de voyage

Ne pas perdre le train entre Saint-Pétersbourg et Moscou, cette nuit qui fut blanche pour toi et de cliquetis de machine, et de la voix de cette femme, plutôt jeune, pas si jeune – disons la quarantaine – mais encore très belle, qui discutait avec cet homme aussi maigre qu’âgé. La douce voix de cette femme dont tu ne comprends pas une trace de mots et de cette conversation qu’ils ont tous les deux, bien longtemps une fois que les lumières se sont éteintes dans les couchettes, restant debout au milieu des six lits et les deux qui demeurent inoccupés . Qu’ont-ils à se dire maintenant, dans cette nuit qui les obligent à chuchoter, ces instants qu’ils déplacent au lieu d’aller se coucher, pourquoi rit-elle de temps en temps et lui qui la dévore de tous ses yeux, pas comme on regarde une femme avec envie, mais comme on est avec quelqu’un dans un échange, en contact, lié, et pourquoi ils parlent si loin et si discrètement que je pense que tout le monde dort sauf moi et eux, mais moi qui ne sers à rien qu’à les regarder(, donc je sers, et seulement si je ne le perds pas en l’écrivant) ? Dire que sa voix est belle, la sienne à elle, qui s’accorde avec la sienne à lui à ce moment-là et leur duo qui est une fleur au milieu de ces tracas secoués de sons de trains traversant la Russie. Parlent-ils de gens qu’ils connaissent ? Se revoient-ils pour la première fois depuis de longues années – je n’ai pas fait attention et ne sais pas s’ils étaient arrivés ensemble ?