Catégorie : Te cherchant

9 août 2018 / Egorynthe

Tu sais, tu peux avoir cru que je me moquais de toi et des milieux alternatifs dans lesquels tu as choisi d’évoluer. Certes, les touristes spirituels qui essayent des choses tous les six mois, pourvu que ce soit nouveau, exotique et sans effort (même si ce sont des vieux trucs…

14 octobre 2016 / Carnets de voyage

Pour ne rien te cacher, je ne suis pas allé directement à Romans-sur-Isère. Sur la route, après la Coucourde qui m’a encore fait rire, j’ai vu le nom “Privas”. Il y a vingt ans, une jeune-fille que j’ai aimée me parlait de cette ville, lorsque nous étions au milieu de…

14 février 2016 / Canciones en español

Et alors je me suis demandé ce que cela voulait dire de t’envoyer un message alors que je partais loin. Ça n’avait rien de courageux puisque je n’allais plus te revoir et n’aurais plus à croiser tes yeux. Comme dans un mauvais scénario de film policier où l’assassin révèle comment il a fait juste avant de mourir. Le courage, ce serait mettre les pieds dans le plat jusqu’au genoux et – plutôt que de te retrouver dans un hasard arrangé, à jouer à lutter contre d’autres prétendants dans des jeux de coqs qui ne grandissent personne – t’entrainant dans la dynamique de mon envie de te revoir, de te soutirer un rendez-vous – pour moi seul – en toute arrogance sans gêne, et de gérer l’attente en sentant minute après minute tout le poids de cette vanité – sentir se diluer son assurance comme le morceau de sucre dans le thé ­– y aller quand même sans montrer toute les éruptions souterraines en soi.

Mais. A quoi bon ? Même en réunissant un joli petit tas de ‘si’ jusqu’à en faire un joli château en Espagne, si jamais l’éblouissement que j’ai ressenti se convertissait en amour et que j’avais assez de talent pour te faire croire que je pourrais être un type à qui on peut confier sa vie et un peu de la prunelle de ses yeux, jamais, non jamais, je ne pourrais vivre dans une ville qui n’a pas un réseau métro capable de nous entrainer d’un univers à l’autre dans un grand ensemble urbain où se croisent lumières et génies de tous les horizons. Donc ta petite ville de C*, impossible. Si je dois revenir régulièrement par ici en famille, puisque mes grands-parents ne seront pas éternels et que je ne veux pas avoir l’impression d’être passé trop à côté d’eux, C* est pour moi une prison dorée. 1.

On ne laisse pas à une maman – comme tu l’es – pour seule issue possible d’une éventuelle ombre d’histoire, une promesse de venir la visiter quelques fois, tendrement, avec l’intensité des dernières fois, au gré des passages et en lui expliquant qu’ainsi la routine ne nous tuera pas et que nous aurons toujours des choses à nous dire.

20 décembre 2015 / Des mots

Suivie : une femme. Qui avait des oiseaux en vol noirs sur le haut du dos. Sans regarder la direction des rails. (Avoir bien vite fait de) Me tromper. Perdre dix minutes sur l’itinéraire de la raison. Que je n’avais pas (re)gagnée(s). Ne plus désirer d’autres routes que celles qui…

3 décembre 2015 / Egorynthe

G*, aujourd’hui c’est à toi que j’ai envie d’écrire. Pas la G* maman que j’ai revue lorsque nous avions passé la trentaine, mais cette G* de 17 ans que j’ai connue au lycée et qui était aussi belle que toi ; peut-être es-tu plus belle qu’elle, même, maintenant que tu as appris quelques techniques de femme pour mettre en valeur tes atouts et puis tu as su garder cette fraicheur de la jeunesse – ton rire inimitable et tonitruant dont tu ne dois jamais nous priver, ce serait un silence trop cruel – tout en rajoutant à la panoplie de la beauté quelques débuts de rides qui te donnent un air plus mûr.

Je suis dans un avion, un jour à remonter les heures entre Paris et Montréal où ma voisine de devant et moi-même regardons régulièrement les nuages qui se trouvent sous notre hublot respectif. Ne me demande rien sur Montréal, ce n’est qu’une étape imposée, ma route continuera encore. Demande-moi plutôt de te parler de cette jeune fille qui regarde avec moi et je te dirais alors qu’elle a un joli profil, un petit nez légèrement arqué et que je devine fin, des yeux dont l’océan s’inspire de la couleur, dont les cils sont si longs qu’ils semblent s’y tremper pour le peindre (ceci expliquerait cela) et une peau blanche et sage qui joue le contraste avec sa chevelure brune et folle. Il me semble que nous avons tous les deux envie de nous baigner, de sauter par dessus le hublot, elle lit le Canard Enchainé et doit s’intéresser à la politique comme nous alors lorsque nous apprenions un métier de citoyen qui m’aura personnellement vite lassé après quelque temps passé à jouer dans un parti politique. Il y a dans ses yeux le brillant qu’il y avait dans les tiens – il y est toujours, d’ailleurs, mais je le retrouve, naïf et doux, dans les siens, à l’aube de cette vie où j’aurais dû te suivre lorsque tu partis à London 1 et que je n’eus jamais l’audace de quitter celle que je devais quitter pour te rejoindre et vivre notre créativité sagement inconsciente sous la protection de tes rires. Peut-être aurais-je fini par me séparer de cette bourgeoise de gauche que tu es devenue, celle qui ne m’a pas plu les deux fois où nos routes ont eu un carrefour commun, trop sûre d’être membre du Parti du Bien, un rien arrogante, même si nous nous sommes retrouvés sur la même place, un soir où nous fûmes Charlie spontanément, avec des larmes dans les yeux et l’horreur aux tripes, la seule fois où nous avions une chance de nous retrouver, idiotement dans la rue, à ne servir à rien d’autre qu’au symbole, mais nous dire que nous avons été là. Peut-être. Tes deux enfants seraient aussi les miens. Nous leur aurions appris à être les meilleurs de nous deux, autant dans ce que nous avons de totalement confondu que de distinct. Je continue à penser qu’ils auraient tout eu pour être des enfants géniaux.

21 septembre 2015 / Egorynthe

Un lendemain à ne pas chercher à expliquer la veille.

Tu venais pour ne pas être seule un soir de début de célibat et d’armistice et je fus cherché sans préavis – alors que nous devions passer une soirée studieuse – pour rejoindre cette soirée improvisée entre gens chaleureux. Nous étions les deux pièces les plus rapportées de la petite agape, et, contrairement à la chanson dont il est question plus haut et plus bas, loin de toute faute, il y a au contraire le sentiment partagé d’avoir su saisir le fruit lorsqu’il était mûr et que l’instant nous l’offrait. S’y être engouffrés dans le creux de notre chaleur à nous, loin de tou(te)s les autres. Ne pas le gâcher. Nous révéler dignes de la vie. Descendre ses fermetures éclair lorsqu’elle nous y invite. Et rendre grâce.

Mais tout de même : ces deux verres en plus que nous nous laissons remplir comme une façon de trinquer ensemble bien qu’à distance, comme un léger clin d’œil liquide se passant de regard, cet ascenseur où il est assez incompréhensible que nous ayons terminé à deux, tu descendais / je montais – il nous a emmené 20 km plus loin… C’est. Ne cherche pas à comprendre.

20 septembre 2015 / Egorynthe

Nous étions en train de chanter dans l’église, à célébrer le mariage sans frontières de nos amis.

Vous – petite, visage diaphane, nez fin et pointu, cheveux bruns fournis et un peu fous, mais coiffés avec une frange qui, chose rare, ne vous enlaidissait pas – étiez à genoux, à prier à côté de nous – j’ai vite compris que vous ne faisiez pas partie de notre groupe mais que vous étiez là comme membre de l’Eglise catholique. Qu’importe que vous ne soyez pas invitée, Jésus a dit que ce qui nourrit peut se multiplier à l’infini, que la joie n’est pas radine, on ne compte pas les rayons de lumière et Zachée doit toujours être convié à ce genre de fête. Ce qui me troublait c’est que vous soyez aussi près du sol et si vous n’aviez pas été à deux personnes de moi, sans doute vous aurais-je chuchoté à l’oreille que si Dieu existe, sans doute il nous préfère debout. Regardant les clefs de voûte peintes en bleu dans cette église jaune et haute, en haut, toujours vers en haut, les visages brillants d’émotion de l’assistance, la joie vibrante mêlée à la solennité de cet instant de promesses, je vous aurais montré Dieu du doigt, dans cette architecture qui capture l’espace et le fait grand, dans la musique qui nous transperçait et déliait en nous des nœuds comme on ouvre un cadeau, dans ces serments scellés de deux anneaux au confluent des « oui » de tous ordres, levez-vous madame et regardez comme l’existence débordant alors d’être voulait voir combien nos cœurs étaient capables d’en recevoir !

19 septembre 2015 / Egorynthe

J’ai donc appris, hier, entre deux verres qui se choquent, que vous étiez morte.

J’ai appris par la même occasion votre vrai prénom, Corinne, je vous croyais Sara(h) d’avoir cru entendre une de vos collègues vous appeler ainsi. Vous aviez passé la quarantaine, c’est peu pour en avoir terminé avec la vie. Je vous en donnais 25 tout au plus, et je me disais que c’était peu pour appuyer encore un rien plus fortement mes regards sur vos deux belles billes bleues au milieu de votre peau blanche et de vos cheveux blonds. Je vous savais mariée et mère, mais vous étiez si belle qu’un brin d’arrogance m’aurait bien poussé à essayer de faire du ménage dans votre vie pour prendre des places où je n’avais jamais été attendu. Tout aurait été placé sur l’autel de l’improbable, c’est ça qui aurait été beau. Je venais chercher un visa pour le Chili et je serais revenu avec un passeport pour la joie. Vous passiez votre première après-midi, seule, à la mairie de ce petit village endormi où vivre serait une disgrâce permanente infligée par l’existence. Vous lisiez la presse féminine, posée sur votre bureau pendant que je vous parlais, il y a trois ans. Vous deviez regarder la télévision, avoir une petite vie rangée que je n’aurais pas réussi à mettre dans un joyeux foutoir, tout ça entouré dans le magnifique mouroir qu’est Colmar – notre amour eût été un fiasco, six mois après la haie taillée de votre vie.

12 septembre 2015 / Egorynthe

D*sth*zon avec un “st” muet comme s’omet le “t” de Metz, ou comme s’émousse le “x” de Bruxelles, qui n’a pas voulu être lui-même : un croisement ; qui s’essouffle à n’être qu’un sifflement ; qui n’a pas voulu se trouver une étymologie nouvelle, sortie du marais et aussi hétéroclite que sa population, entre le pont dit par un Allemand („Brücke”) et qui relierait en même temps (Paris et Amsterdam) et (London et Wien) et qu’on rirait de joie à y entrer en collision, à en perdre sa trajectoire, à finir à deux à (Oslo ou Alger) ou (Montréal ou Москва), et qui sait, puisque la ligne droite est la distance la plus fausse entre deux ponts et qu’un maudit Français fou et arrogant y aurait rajouté des ailes, sauter à l’élastique pour terminer à Buenos Aires ou اصفهان sans comprendre comment on en est arrivé là ! Brückes-ailes avec des lettres muettes donc…

I – Dominique A., “L’Horizon” (2006)

Ce bon vieux Dominique A. qui avait prévenu en image de ce que les paroles de sa chanson ne pouvaient révéler. Tu croyais qu’on s’accouplait avec l’horizon lorsque la musique jette un voile pudique sur la profondeur de cette rencontre, lorsque la femme au harpon est capitaine elle-même, et que les rôles s’inversent comme dans tout bon duo bien rodé au gré des vents du jour. Pourtant il y avait bien ces 24 secondes d’introduction en rétrotemps, évidentes, au tout début, comme le préambule de Quatrième mur, tu aurais pu savoir si…

5 mai 2015 / Egorynthe

…je n’y pris du goût que parce que le crime était une espèce d’assaisonnement qui me rendait doux et agréable ce que j’en mangeais.
Saint Augustin, Confessions

Nous n’avions pas moralement le droit d’être en couple, parce que nous vivions ensemble sous le même toit et qu’il fallait épargner à d’autres d’avoir à tenir la chandelle. Nous n’étions pas non plus censés nous connaître bibliquement. Mais il a bien fallu reconnaître que nous nous désirions. Nous étions célibataires. Nous n’avions pas moralement le droit d’imposer la vue de notre liaison aux tiers qui vivaient avec nous et notamment celui à qui tu plaisais. Or nous pouvions goûter aux délices du secret sans craindre la tristesse d’un conjoint trahi. Aussi nous avons été dignes, entiers, discrets, respectueux, nous aimant (oui, un peu, je crois) à la barbe de tous sans qu’ils ne voient rien.