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30 avril 2011 / Labymonde

Comme beaucoup, je suis obligé de fréquenter régulièrement des jeunes donneurs de leçon, qui, agaillardis par la pénible lecture d’un Hessel ou de la page débat de la presse féminine, vient de temps en temps s’indigner héroïquement et en public, de l’immoralité et – osons ! – de l’indécence des mariages princiers. Les coiffeurs sortant rarement d’une thèse au nom ronflant n’intéressant que cinq personnes en France, les salons de coiffures sont des fabuleux endroits de mixité sociale où la France d’en bas et de Navarre se réunit ponctuellement pour deviser entre deux coups de ciseaux. Il y est aussi impossible de simplement ignorer les audacieux lancés de clichés effectués avec la fierté du génie qui viendrait de gagner le concours Lépine, lorsque vous êtes coincés assis dans un fauteuil les cheveux encore à moitié coupés (impossible de partir en courant !), et qu’on vous demande votre avis.

Nous sommes tous, quelque part, des aristos !

Il faut ainsi, à défaut d’un vague « oui, oui » qui serait trop froid, bien répondre que nous sommes tous des aristocrates à notre niveau, nous intéressant à des débats aussi peu vitaux comme celui de savoir si Taye Taiwo ferait mieux de garder coups par derrière pour les lillois plutôt que les négligeables parisiens, que nous consacrons égoïstement une part non négligeable de nos ressources individuelles à la culture alors que des gens meurent de faim sur Terre, aimons des choses aussi futiles que l’Art alors que c’est la crise, etc. Et il y a même des communistes qui n’ont rien trouvé de mieux que de faire de la poésie et du surréalisme… c’te bande de sociaux-traitres ! Alors que le Mozart du débroussaillage capillaire s’apprête cependant à vous rétorquer que l’on n’est pas obligé d’aller jusqu’au bout de la logique de la fraternité et du don de soi, ni de donner dans l’égalitarisme conséquent pour sauver sa bonne conscience, vous lui rappelez qu’en tant que français il est au malheureux de certains des pays les plus pauvres, ce que William et Kate sont au français ou à l’anglais moyen : un nanti. Puis vous le lancez sur les tunisiens injustement refoulés à la frontière pour tâter jusqu’où va son envie de s’engager pour les plus défavorisés en usant de son lundi de repos pour aller manifester en faveur de ces pauvres hères, qui risquent, dans l’espoir d’un improbable avenir dans les pays riches, infiniment fois plus que ce que jamais ce poulet de batterie à la coiffure faussement alternative et élevé en temps de paix n’osera jamais entreprendre, pas même pour se divertir avec de l’adrénaline sans risque (se tirer dessus au paintball, sauter dans le vide à l’élastique), avec risque limité (manger à Quick, les manèges de Disneyland, faire l’amour avec un préservatif et un partenaire qu’on connait peu) ou virtuel (croire aux profil Meetic ou tenter les rencontres originales sur Chatroulette). D’ailleurs, vous lui exposer rapidement votre idée d’établissement d’un fichier (un de plus !) recensant tous les crétins oisifs qui n’ont rien d’autres à faire que regarder la télévision avec les 4h de réduction de temps de travail qu’Aubry leur a offert, et qu’on devrait occuper tous ces gens-là à des travaux fo… solidaires et citoyens. « Alors, il est bon ton os de bonne conscience ?», vous démangerait-t-il de lui demander, s’il n’avait pas votre tête entre ses mains plus armées qu’une bande d’étudiants de la Ben Laden University en plein exercice pratique…

20 mars 2011 / Labymonde

Ce n’est pas un tremblement de terre qui a fait disparaitre ces dinosaures

Depuis combien de temps se dit-on dans les alcôves feutrées du Pouvoir que l’empilement des entités administratives en France est une aberration, que les 36 000 communes françaises auxquelles s’accrochent les élus locaux comme des naufragés à un radeau de fortune, sont des survivances inutiles sinon sclérosantes pour certains projets ? 20 ans ? 30 ans ? Plus ? (Conseils de quartiers), Commune, Communauté urbaine / communautés de communes / intercommunalité / Métropole , Département, Région, Nation, Europe, institutions planétaires. Un citoyen français n’a ainsi pas moins de 7 ou 8 échelons auxquels il peut appartenir de facto selon sa situation géographique : soit plein de choix pour créer son identité et le paradis pour les querelles qui en découlent, comme ces rivalités entre aixois et marseillais − qui disparaissent lorsqu’il faut montrer que les Bouches-du-Rhône valent mieux que tous les départements de PACA confondus, elle-même meilleure que toutes les régions … disons du monde puisqu’on a compris la logique. Voilà pour la côté positif et pittoresque de l’irrationalité française. C’est pourtant un problème pour tous les quémandeurs de subventions obligés de se professionnaliser pour avoir le temps d’aller taper à toutes les portes ouvertes de 14h à 16h les semaines paires, pour les financeurs et les chefs de projet : comment s’en sortir dans le labyrinthe administratif, devant face aux multiples doublons administratifs, les querelles d’attributions budgétaires que la décentralisation de Raffarin n’a pas totalement réglées ? Le paysage français ressemble à un grand champ de plaques tectoniques superposées et mal ajustées, pourtant incapable de produire en son sein la moindre secousse dans le système, mais un tsunami de paperasse et de gabegies aux répliques incessantes. Et comment ceux dont les amis politiques vivent sur les branches de cet arbre pourraient prendre la décision de sacrifier les postes des uns ou des autres ?, sachant qu’en plus chacun est persuadé d’être totalement in-dis-pen-sable à la bonne marche du pays ou d’avoir un droit inaliénable à occuper un poste honorifique quelconque pour les besoins de sa carrière ou de sa retraite. Il faut simplifier, certes, mais les autres d’abord !

27 février 2011 / Labymonde

La scène se déroule dans une charmante ville de province, un soir. Une grosse trentaine de personnes, dont la plupart semble se connaître, attendons l’arrivée du “professeur” de l’Université Populaire, André Koulberg, venu parler, pour cette séance, du colloque Lippmann. Celui-ci arrivé et tout le monde en place, le “cours”…

31 janvier 2010 / Chansons francophones

Qui ne se souvient avoir dansé sur les quatre notes si caractéristiques de L’homme pressé en soirée ? 1996. 666.667 Club, le 5ème album de Noir désir était sorti et la voix de Bertrand Cantat, sombre héros à l’âme errante, étendard vocal du groupe, raisonnait encore régulièrement, rageuse, puissante, si pleine de force et d’exaltation. La locomotive du rock francophone alors en pleine gloire militait artistiquement contre le fascisme et le « peuple fascisant, autour de 15% », le monde de l’argent, les grandes corporations prédatrices, bref tout le kit habituel de la contestation, lorsqu’il n’atteignait pas les sommets avec quelques chansons moins engagées comme « Ernestine » ou « A ton étoile », sur fond de guitares saturées et quelques solos incandescents d’Akosh Szelevényi qui nous réchauffent encore les oreilles. Cible privilégiée des bordelais révoltés : Jean-Marie Messier, le flambeur de la nouvelle net économie alors à la tête de la très ambitieuse Vivendi-Universal, la success story française ultra-communicante, poussant le détail jusqu’à afficher une chaussette trouée dans les magazines pour faire homme du commun des mortels, son petit faciès jovial de bon gros pote qu’on aimait bien taquiner à la cour de récré entre deux pelotages de boutons de filles et qui vous rappelle des années plus tard avec l’assurance revancharde du gars irrésistible que confère magiquement tout portefeuille débordant d’aisance et devant qui n’importe quelle bombasse superficielle est prête à sacrifier un peu des grâces de sa jeunesse. Ou comme dit la chanson sans le citer, l’homme pressé, l’homme médiatique, la « comète humaine universelle » dont les conneries proférées sont le destin du monde bien qu’il ne le connaisse pas et le dirige de haut, de loin, visant « profits immédiats » et « faveurs des médias », etc. plus trois refrains très répétitifs qui ne resteront pas dans les anthologies de la langue française mais deviennent, de fait, d’une facilité de mémorisation indéniable ou l’assurance pour tout DJ qui veut réveiller un peu sa troupe de teufeurs que ça va chanter sur le dancefloor. Après la chanson, le groupe poussa la provocation à son paroxysme lorsque, en direct aux Victoires de la musique en mars 2002, Cantat lira une lettre à son distributeur et producteur se terminant dans les termes suivants : « nous ne sommes pas dupes de ton manège, et si nous sommes tous embarqués sur la même planète, on n’est décidément pas du même monde », sous l’œil visiblement réjoui d’un Jean-Luc Delarue dont on ne sait pas s’il a totalement réalisé que c’était vrai ou s’est cru sous l’emprise de quelques poudres blanches de sa mère …

villegle
L’affichisme de Villeglé : ou la société hyperdiscursivitaire

Sur la vidéo d’une agression ayant eu lieu dans un Noctlien de la RATP en elle-même, du sentiment de malaise qui a pu naître en moi à la vue des ces images, voire de colère, je n’aurais rien à dire, sans doute, de plus qui ne l’ait déjà été. De même, je n’ai ni envie de rajouter mon petit chapelet d’indignations, ni ne me lancerai dans l’élaboration d’une quelconque batterie de solutions policières ou judiciaires. Nicomaque m’en avait révélé l’existence via Facebook puis un billet sur son blog, je suis allé voir la vidéo sur un site russe échappant à la censure française (merci à lui d’exister), publié par des membres d’un site d’extrême-droite qu’il m’est arrivé de rencontrer sur Internet et de parcourir sans grand intérêt : ou comment, une fois de plus, le pluralisme révèle son importance dans le fonctionnement d’une société ouverte. J’ai suivi de manière non-systématique le buzz et l’agitation médiatique qui s’est emparée d’un fait totalement débordé par les discours qui l’ont accompagnés, s’est accumulée sur lui au point de l’effacer presque entièrement. C’est un peu ce fait-là, médiatique, qui m’interroge autant que le noyau de 6 minutes autour duquel tout une structure d’éléments idéologiques a gravité. Quelques semaines après l’agitation autour du Pape et des préservatifs, la lutte idéologique se trouvait un nouveau théâtre des opérations …

23 décembre 2009 / Labymonde

Sans doute la SNCF vient-elle de découvrir que l’identité nationale de l’hiver français comportait une part de froid et de neige et, malheur, qu’elle n’est pas vraiment capable de faire circuler normalement des trains dans de telles conditions. De la neige en hiver ?, quelle idée !, cela méritait bien une grève pour réclamer augmentation salariale, régime spécial, meilleures conditions de travail ou encore une prime de risque supplémentaire, sur fond de sacrifice au Veau d’or du service poubellique. Rien de tout ceci : on aura simplement une grosse pagaille. Récit d’un road movie ferroviaire banal en Soviétie française.

« L’homme de gauche n’annonce la société solidaire que comme la prostituée promet l’amour. L’un et l’autre ne peuvent offrir que des simulacres (ivresse passagère et frustration). Ils instaurent le règne du faire-semblant, de la pornographie généralisée. » Christian Michel, Le Socialisme, pornographie de la Solidarité Dans les stéréotypes des…

Le monde est mal fait. Le monde est injuste. C’est sans cesse le Nord et ses excès ostentatoires, et le Sud qui est en manque. Ainsi, en France, un petit exhibitionniste de 9 ans – probablement déjà corrompu par la banalisation de la pornographie à la télévision – après avoir montré son vigoureux bitogno à des jeunes camarades qui ne semblent pas avoir vraiment gouté les ardeurs du spectacle de ce petit drôle en culotte baissée, s’est vu menacé par son professeur de voir passé « tout ce qui dépasse » à un coup d’un cutteur censeur.

26 novembre 2009 / Labymonde

Emmanuel Martin, Vincent Courtillot, Claude Allègre, Jean-Michel Belouve, Bjørn Lomborg, et j’en passe sont des emmerdeurs ! Je viens d’assister à une conférence du premier de ceux-là qui détruisent nos quelques fictions unificatrices en dénonçant la propagande du GIEC ou rappelant l’existence du Climate Gate, et je suis furax ! Pourquoi leur faut-il proclamer que le GIEC a bidonné des courbes depuis des années, falsifié plus ou moins volontairement les rapports qu’il offrait aux décideurs politiques (qui les financent), fait régner une Inquisition sur le monde scientifico-mystique dont n’oserait pas s’inspirer un Ahmadinejad ou quelconque théocratie moderne ? Si pendant un beau spectacle de magie, quelque importun venait commenter les tours et révéler en même temps le tour de passe-passe qui permet l’illusion, vous n’auriez pas envie de l’expulser de la salle, parce qu’il vous gâche votre plaisir ? Je me calme et vais tenter de leur expliquer pourquoi ils doivent faire comme tout le monde et prendre parti de ces doux mensonges qu’on nous sert dans les journaux, et qui sont au bénéfice de tous. Si après ça, ils ont encore le toupet de la ramener, ce sont définitivement des ennemis de l’Humanité ou d’irréductibles casses-couilles goulagables que nous amènerons bien à faire sacrifier au culte du grand Al Goro-gourou.

22 mai 2009 / Labymonde

Perplexe. C’est le seul mot qui m’est venu à la fin du visionnage de la vidéo du débat entre Dieudonné et Elisabeth Lévy, organisé et hébergé sur Fluctuat.net. Comme les films qu’on va voir avec un peu trop d’apriori positifs et qui provoquent une déception à la hauteur de l’excès d’enthousiasme qui vous animait alors, peut-être m’étais-je laissé emporter par la fougue déstabilisatrice de la jeune journaliste, entendue le 07/05 dans l’émission Du Grain à moudre sur France Culture. Après avoir désarçonné un à un ses piètres contradicteurs en prônant la liberté d’expression et confondant admirablement les censeurs de toutes espèces, puis mis Julie Clarini hors de ses gonds, elle avait terminé sa joute par un prometteur « il faut aller les chercher avec les dents ». Je dois même avouer avoir été tenté alors de descendre à Paris et d’aller faire une grève de la faim sur le parvis de l’Hôtel de ville en me déclarant bruyamment antisioniste pour avoir la chance d’attirer la belle et gouter à ça…