Catégorie : Tiriturer ma langue

4 novembre 2017 / Des mots

Si le rock fait l’R, que fait l’I ? I. L’I fait papillon Elle ; électrocution immédiate ; attends un peu ; peut-on dire alors après-demain ? ; maintenant souriants et mains tenues ; nus cœurs battants quand ils (voyeurs !) ; heur amoureux dans une vie à deux ; demi-oranges, salades de fruits, familles et déjà rondeurs…

20 décembre 2015 / Des mots

Suivie : une femme. Qui avait des oiseaux en vol noirs sur le haut du dos. Sans regarder la direction des rails. (Avoir bien vite fait de) Me tromper. Perdre dix minutes sur l’itinéraire de la raison. Que je n’avais pas (re)gagnée(s). Ne plus désirer d’autres routes que celles qui…

19 septembre 2015 / Des mots

(A chantonner comme une comptine) Nous attendons tous que cela cesse C’est un moment à coïncidence A gagner le concours de circonstance Si captif aux côtés d’une princesse Tous à l’abri quand le temps rince C’est un moment où l’existence Peut basculer si les circonstances Nous enferment avec un beau…

11 janvier 2015 / Des mots

I

Il est donc quelqu’un en moi que je combats pour me grandir. Il [faudra un] voyage difficile pour que je distingue ainsi en moi, tant bien que mal, l’individu que je combats de l’homme qui grandit. Je ne sais ce que vaut l’image qui me vient, mais je me dis : l’individu n’est qu’une route.
Antoine de Saint-Exupéry, Pilote de guerre, Paris, Gallimard, coll. Folio, p. 192

Voilà, comme dans tout film d’horreur bien scénarisé, il faudrait ne pas se séparer pour espérer survivre.
Mais lui sait qu’il ne sert à rien de se débattre puérilement : puisque nous finirons tous défaits, autant économiser du temps et affronter la Bête invisible en face et tout de suite ! Au pire, nous irons plus vite en Enfer aller botter le cul à Mozart et Da Ponte pour la fin ridicule de leur Don Giovanni, alors que le Commandeur pouvait très bien revenir sur Terre inciter notre pauvre libertin à jouir tout ce qu’il peut de la vie avant d’aller s’ennuyer ad vitam aeternam à la droite du Père.

Enfin…
Là, écoutez, c’est “The First Days of Spring” qui vient de commencer.

Au moment où tonnent les premiers coup de tambour, écho échappé des battements de son cœur qui sourdaient dans les eaux profondes de ses futurs déchirements, il devine bien que dans 5:56 minutes quelque chose de fort va éclore de la situation dans laquelle il est en train de pénétrer.
Il écoute la sirène du bateau. Celle-là même que Yamaguchi Seishi entendait entrer en lui lorsqu’il écrivit

Marée de printemps –
dans tous mon corps
la sirène du bateau

, et que les hommes qui se comprennent font retentir les uns pour les autres. Sauf, mon bon vieux Chikahiko, qu’il y a belle lurette que les hommes se sont émancipés des voies liquides ! Sa sirène à lui a deux bras ouverts mais pas de jambes, sinon une queue agrémentée d’une dérive et de deux stabilisateurs, et, comme la vie il y a des siècles et des siècles de cela, elle a quitté l’eau pour chanter toujours plus près du soleil. Pourtant il l’entend cette sirène, il en est sûr, et sa valise semble vibrer en résonance à cet appel de la route.

14 décembre 2014 / Des mots

Pendant qu’ils rédigeaient ensemble leur texte sur la littérature, l’un demanda à l’autre : — Qu’est-ce que tu penses d’écrire : « la littérature est le grand carnaval des mots » ? — Mmm, c’est joli mais il faudrait nuancer… — Non, il nous faut des tournures ‘choc’, les gens ne retiennent que ça ! L’incipit…

20 juillet 2014 / Nouvelles

[Nouvelle envoyée pour un concours dont le thème était « Correspondance Rouge Garance : des nouvelles de l’arrière » et qui devait être épistolaire.]

Cher Monsieur,

Mon petit-fils a pu m’aider à retrouver cette petite boite que j’aurais préféré ne jamais revoir, après l’avoir cachée à ma mémoire en la mettant au fond d’un grenier où les objets aussi inutiles qu’impossibles à jeter se sont accumulés. Voici donc les lettres dont je vous avais parlées lorsque vous m’avez rendu visite. Puisque leurs écritures me sont familières, je les ai lues à mon petit-fils qui les a gentiment retranscrites avec sa machine. Aussi, vous trouverez aussi bien les originaux qu’une version informatique de ces échanges épistolaires d’un autre temps. Si elles peuvent servir votre travail d’historien, ma foi, elles sont mieux chez vous que chez moi, qui m’apprête à rejoindre le passé, déjà étrangère à ce présent où je ne suis qu’une ombre.

Il y eut d’abord cette première missive que j’envoyais à Jean au tout début de sa mobilisation.

De Lucienne à Jean

Mon cher Jean,

Je n’ai pas osé te faire de scène lorsque nous nous sommes vus pour la dernière fois sur le quai de la gare, mais je ne veux pas que tu fasses cette guerre.

Tu n’as pas fait des études aussi brillantes pour laisser gâcher tout ceci de manière aussi bête ! S’ils veulent la faire, qu’ils s’écharpent entre bûcherons et bouchers, ils en trouveront bien assez qui trouveront que tuer est une occupation qui vaut bien celle qu’ils abandonnent dans leur vie civile.

Je t’en supplie mon Jean fougueux, ne te laisse pas charmer par le discours des clercs toujours enclin à entrainer les autres dans une mort qu’ils ne connaîtront pas, et faire de toi l’assassin d’autres pauvres hères Allemands qui ne demandaient qu’à étudier Molière pendant que tu lisais Goethe. Ou si tu croises un plumitif patriote, demande-lui de passer avant toi au champ d’horreur pour voir s’il aura autant de courage qu’il n’a de style !

Peut-être que cela te fâchera que je te dise ceci, mais si tu peux quitter ton uniforme et t’éloigner de cette folie, n’hésite pas à le faire. Fugue s’il le faut, nous saurons te cacher chez nous, et si la Provence ne suffit pas, nous pourrons toujours partir pour Oran où des parents pourraient te redonner une seconde vie, pour sauver cette première que la bêtise accumulée des deux côtés de la frontière, livre au hasard des balles et des obus aveugles. N’aies pas honte de déserter si tu en trouves l’occasion, tu es assez intelligent pour savoir que ton orgueil ou ta virilité ne résident pas dans l’acceptation panurgique de cette mobilisation répugnante ! Et si les Allemands, non contents d’avoir eu l’Alsace et la Lorraine veulent encore des terres, donnons-leur jusqu’aux Pyrénées ! Ils apprendront bien que « Je t’aime » est aussi beau à entendre qu’« Ich Liebe Dich », mais que seuls les vivants peuvent le prononcer. Qu’importent la langue et la terre et la nationalité, pour vivre avec toi je pourrais être Argentine ou parler anglais de l’autre côté de l’Atlantique, mais sans toi, mon pays m’est une terre étrangère, en ruine et dévastée à jamais.

Sans doute que j’ai été bien longue et que tu trouveras que ce sont des pensées de femme, mais tu sais que ce n’est pas être un homme que d’être un soldat.

Je t’embrasse, je pense tout le temps à toi et j’aimerais que mes pensées te soutiennent dans cet effort. Je me sens si inutile ici, que pourrais-je faire pour toi d’autre que t’aimer ?

Tendrement,

Lucienne

18 juillet 2014 / English songs

— Jusqu’à 2017, ton problème est que tu débarquais dans des versions au hasard, sans pouvoir les choisir. Or, si tu avais bien compris qu’à chaque point de décision Dieu créait autant de versions du monde qu’il y avait d’actes possibles, qui eux-mêmes créeraient un nouvel état du monde résultant de ce seul premier changement, il devait y avoir une formule qui te permettrait de deviner le degré de modifications des versions, afin de définir celles qui t’étaient les plus intéressantes à visiter. Puisque Zeming n’avait pas encore, croyais-tu, mis au point des sondes interversionnelles aussi perfectionnées que les tiennes, tu gardais pour un temps un avantage sur ton adversaire et ancien ami, à qui les dirigeants avaient confié en même temps que toi ce projet de voyage inter-versions, en décembre 2014. Tu pourrais éventuellement réussir à mettre au point une console où seraient répertoriés de grands ensembles de versions proches (mais selon quels critères ? – tu achoppais sur la question) et pourvu que tu agisses vite, tu pourrais interagir sur celles-ci en grand nombre, en mettant au point des stratégies avec l’ensemble de tes mois de versions différentes.

» Lorsque tu avais réussi à mettre au point un tel outil en 2019, tu avais pu fomenter une formidable opération sur ta version d’origine, à l’aide de milliers d’autres mois venus te prêter main forte. En quelques jours seulement, tu avais réussi à neutraliser tous les membres du Parti, Zeming en tête, puis tu avais réuni l’Asie sous son joug pacificateur et, de là, avais étendu un empire sur le monde où tu faisais régner la paix.

» Mais tes soucis n’avaient pas pris fin, puisque tu restais à la merci de l’intrusion de Zeming à partir d’une infinité d’autres versions et ton réseau de balises scannant l’identité de chaque être humain sur Terre, n’était pas encore établi jusqu’au Pôle Nord – s’il l’apprenait cela pouvait s’avérer très dangereux. Tes agents t’avaient répertorié plus de sept millions d’éliminations d’identités doubles dont un grand nombre venaient de Zeming et d’autres camarades sans doute ralliés à lui dans un certain nombre d’infinités de versions. L’ensemble des camarades importants du Parti, quelques milliers, avait d’ailleurs été éliminé dans ta version d’origine pour éviter que d’autres eux tentent de faire la jonction avec eux. Or tu n’avais pas encore réussi à trouver de stratégie pour faire alliance avec toi-même en parallèle dans différents blocs de versions.

15 avril 2014 / Hétéroclites

192. Fermer les yeux, frottement de contrebasse et voici le bord d’une rivière un soir d’été. Les frissons des herbes tempête sous la peau le cœur qui bat les branches qui cognent. Doucement. Étreinte scintillée. Le goût venteux que laissent ses lèvres lorsqu’elle s’en va… (et 10 jours avant de…

15 avril 2014 / Hétéroclites

191. Si les femmes nous quittaient avec panache, on aurait au moins l’idée de les regretter, au lieu d’être humilié d’avoir désiré celle-là à laquelle on s’est laissé aller par paresse, et dont on ressort dégouté ! Rêvons de ruptures myroblites… Photo d’entête : extrait de “smokin’ in the bed”…

8 février 2014 / Rencontres

Que la marche est bonne pour la santé, voilà une des plus grandes leçons marginales (pour ne pas dire complètement périphériques, inutiles, stupides, anecdotiques, faites de misérables détails qui occultent l’essentiel) que les Métaphysiques d’Aristote m’ont laissées. Et puis cette phrase de Nietzsche : « seules les pensées que l’on…