La civilisation de la conversation

Revel_Memoires[La civilisation de la conversation] (…) est une source de ce qu’il y eut sans doute de plus français dans les lettres françaises. Elle brilla une dernière fois entre les deux guerres avec vivacité et s’éteignit par paliers durant les années soixante. L’après-guerre, dogmatique et idéologique, a substitué à l’art de la conversation l’âge de la notification. Quand des interlocuteurs se renseignent mutuellement sur leurs « positions », ce n’est pas pour éventuellement les modifier après avoir écouté l’autre, c’est pour savoir où il se  « situe » afin de déterminer si on pourra l’embrigader ou si on devra l’exterminer. On affuble ces monologues parallèles et antagonistes du terme honteusement dévoyé de « dialogues ».
Jean-François Revel, Mémoires. Le voleur dans la maison vide, coll. Pocket, 1997, p. 569

Photo d’entête : extrait de « conversation » par Heema.

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