Conférences, colloques et indice de fumisterie

Une conférence est un moment qui est toujours placé sous le sceau du manque de temps. L’orateur prévoit toujours de nombreuses choses à dire, prend beaucoup de temps en futilités préambulatoires et n’aura, malheureusement, plus le temps pour attaquer le cœur du sujet et le développer sérieusement.1 Si cette présentation orale était suivie par la publication d’un texte abouti, sérieux, qui pallie ce manque de temps, transformant alors la conférence en sa bande-annonce, l’exercice aurait un sens. Mais très souvent, au lieu de cela, la conférence sera publiée telle quelle, dans son caractère superficiel, lecture inutile.

La conférence est à la pensée ce que le tee-shirt trop petit est à la poitrine d’une femme peu fournie, qui a besoin de trouver un tel artifice pour qu’on croit que son anatomie déborde de partout, là où avec un vêtement à sa taille, on verrait qu’il n’y a pas grand-chose. Ainsi, le nombre de conférences publiées (sans ajouts) par un auteur donne un bon indice de fumisterie de celui-ci.

Possibles personnages canoniques pour créer l’étalon de cet indice de fumisterie : Rudolf Steiner et Jacques Derrida.

De même, tout colloque qui n’est pas suivi d’une publication des actes où se trouvent les textes aboutis, n’est qu’un club de rencontre pour CSP+ qui ne dit pas son nom. Un vrai colloque devrait même opérer dans l’autre sens, en publiant d’abord les textes et en rassemblant les individus concernés, une fois seulement qu’il les ont lus et sont prêts à en débattre ; dans le cas contraire, c’est-à-dire l’immense majorité du temps, les séances de question, ne sont qu’une occasion pour les membres de l’assistance, de se montrer, la pseudo-discussion ne servant quant à elle, à rien.

Bande originale de la bulle : The Dø, “Slippery slope”

The Dø en concert à Istres en 2012 : souvenir d’un grand moment2.

Photo d’entête : “Clowns” par Tony Young.

  1. Equivalent à l’université : le.la professeur.e qui n’a obtenu que dix heures de cours pour dire tooooouuuuut ce qu’il.elle a à dire, et consacre une heure de celles-ci à s’en plaindre. Cela donne aussi, un petit indice sur son niveau de fumisterie… []
  2. Revus à Marseille en 2014, du temps de Shake, shook, shaken, un moins grand moment. []
(PdB) Écrit par :