Constellation d’Adrien Bosc

Je n’ai jamais lu une revue de fond en comble. L’audition de ce truc, vaguement raccroché au crash d’un avion Constellation, en 1949, dans lequel se trouvait un fameux boxeur et une violoniste virtuose, m’a donné cette impression d’en lire une, un numéro spécial consacré à ce crash. Ainsi, on lit ici un article, là un ours, une rubrique des lecteurs, un éditorial, une rubrique musicale, etc. Le compilateur d’un peu tout un peu rien, le juxtaposeur de bribes de choses qui surnagent comme des débris d’avion dans l’eau, ici une biographie, là l’histoire des montres Mickey, ici des considérations sur le violon de Ginette Neveu, et puis, tiens, on parle un peu de sa vie, on cite plein d’œuvres pour montrer qu’on a beaucoup lu et qu’on est éclectique, on fait même des blagues dans les épigraphes pour apporter un rien de distanciation, ce petit décalage qui montre qu’on n’est pas un bourgeois arriviste voulant épater l’inculte impressionnable mais un aristocrate qui est tellement plus haut qu’il peut se permettre de rire avec sa propre culture, et je ne sais même plus où va cette phrase et m’en fiche !

Ça s’ausculte un peu le nombril comme Emmanuel Carrère mais en moins verbeux (Bosc n’était pas connu, il n’avait sans doute pas le droit à beaucoup de papier pour s’étaler). Ça charrie des choses en un collage improbable mais pas intéressant, un peu à la Yann Moix mais sans bites et branlettes impudiques qui n’en terminent pas. Ça ressemble à Jaenada, peut-être, je vous le dirai quand je l’aurais lu. Ça transforme l’or en plomb façon Lindon-fils qui nous parle des gâteaux de Michel Foucault et de la couleur de ses slips. Saviez-vous que le petit gars qui a commis ça est né le 20 janvier 1986 ? Non ? A quoi ça sert de le savoir ? A rien, c’était mes 10 secondes Wikipedia.

Bon, voilà, c’était Constellation. C’était pas totalement nul. C’était pas bien. C’était inutile et sans construction. Sans intrigue. Sans style. C’était à l’image de ce qu’on publie en ce moment. Court et long à la fois. Des revues qu’on appelle ‘roman’ et dont on vous fait lire jusqu’au code-barre pour ne rien louper de ce met délicieux. On a plus qu’à le primer. Et les cons aiment ça :

Bien fait pour eux.
Photo d’entête : “moss park ride ~ detritus” par hobvias sudoneighm

(PdB) Écrit par :