D*sth*zon

D*sth*zon avec un “st” muet comme s’omet le “t” de Metz, ou comme s’émousse le “x” de Bruxelles, qui n’a pas voulu être lui-même : un croisement ; qui s’essouffle à n’être qu’un sifflement ; qui n’a pas voulu se trouver une étymologie nouvelle, sortie du marais1 et aussi hétéroclite que sa population, entre le pont dit par un Allemand („Brücke”) et qui relierait en même temps (Paris et Amsterdam) et (London et Wien) et qu’on rirait de joie à y entrer en collision, à en perdre sa trajectoire, à finir à deux à (Oslo ou Alger) ou (Montréal ou Москва), et qui sait, puisque la ligne droite est la distance la plus fausse entre deux ponts et qu’un maudit Français fou et arrogant y aurait rajouté des ailes, sauter à l’élastique pour terminer à Buenos Aires ou اصفهان sans comprendre comment on en est arrivé là ! Brückes-ailes2 avec des lettres muettes donc…

I – Dominique A., “L’Horizon” (2006)

Ce bon vieux Dominique A. qui avait prévenu en image de ce que les paroles de sa chanson ne pouvaient révéler. Tu croyais qu’on s’accouplait avec l’horizon lorsque la musique jette un voile pudique sur la profondeur de cette rencontre, lorsque la femme au harpon est capitaine elle-même, et que les rôles s’inversent comme dans tout bon duo bien rodé au gré des vents du jour. Pourtant il y avait bien ces 24 secondes d’introduction en rétrotemps, évidentes, au tout début, comme le préambule de Quatrième mur, tu aurais pu savoir si…

Allez, indéfectibles idiots, allez vous fracasser à rebours sur la dérobade de ces murs qui ne vous offrent jamais la chance de vous éclater en mille tisons d’écume dans une joyeuse explosion.

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II – Celui qui fut un vent, vent qui s’en va vaincu d’où il est venu (Un 12 septembre 2015, lendemain de commémorations d’attentat, de naissance et de coup d’Etat)

(Écrire dans un carnet noir comme d’autres crient dans les balafres des ruines d’un temple. Ne même pas arriver à pleurer, se tenir là calciné, les ailes crasseuses, ses rêves sur les bras, cendre tiède et l’horizon sous les semelles, alors qu’il y a quelques heures encore… Quelques heures. Un gouffre.)

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III – Achille Chavée, Écorces du temps (1947)

Mémoire aux ailes de mouettes
sur la houle de mes désirs
vorace comme un oiseau des mers
à la pêche des souvenirs

élève-toi dans le haut ciel
pacifié de la douleur
que m’éclairent les traits de celle
qui fut la reine de mon cœur

En citadelle de chair neuve
en drapeau d’ailes morganatiques
en épée d’insecte violet
un grand amour éventrant l’horizon

dans la mémoire ensevelie
au fond d’un gouffre de latence
sous la valise d’un hibou
pleine de clous et de cailloux3

Pour mémoire et en guise d’épilogue, aux ailes elles aussi muettes, comme les lettres de la langue française. Elle a ouvert le livre au hasard et elle a lu. La nuit avait perdu, c’était l’aube, c’était terminé où ça avait à peine commencé.

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Post-scriptum : pendant que tu marchais dans les rues sales – mais sèches -, tu t’es dit que la “nuit dédoublée” méritait une petite sœur.

Photo : “Gaia’s Perspective” par GollyGforce – Living My Worst Nightmare

  1. (966) Bruocsella ; (XIe siècle) Bruocesll ; (1047) Brucselle ; (1062) Brvsela ; (1095) Brucsella ; (XIIe siècle) Brussella ; (XIIIe siècle) Bruxelle. Toponyme germanique composé de bruoc (« marais ») et sella (« salle, habitation »), littéralement « habitation au marais ». Voir le néerlandais broek (« marais ») et Selles, Broxeele pour d’autres toponymes construits avec *sella. Il est apparenté à l’allemand Bruchsal (ville du Bade-Wurtemberg). (Src: Wiktionnaire) []
  2. Il sait bien que le pluriel est „Brücken” mais il s’en fout, il décline le substantif à la française, martèle la liaison encore rougeoyante pour la durcir à son gré, n’ayant pas peur de tiriturer sa langue natale et même d’aller coloniser celle des autres ! []
  3. dans A cor et à cri, Bruxelles, éd. Labor, 1985, p. 64-65 []
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