Danse !

137. Quand tu es arrivé à une impasse, quand le sable se perd sous un océan rêche et bouillant où tu ne pourras le suivre, quand ton souffle s’en revient fissuré, ébréché de s’être percuté à l’immensité, quand tu es ivre de haine, quand tu baves d’impuissance et de petitesse, d’effroi et de rage, quand tu voudrais tenir le monde dans tes mains pour le détruire d’un geste, alors danse. Danse et joue, arabesque, décrit les sphères, comme d’un nœud du monde, tire sur le lacet, ouvre le cadeau, désorbite l’être, laisse entrer en toi les vapeurs de la raison, emplis-toi d’air et de parfum, recouvre-toi d’orgueil et toise l’univers sans rien craindre. Danse, d’un son grave fait tressaillir les atomes, insère-y tes longs fils de vibration, mêles-y le trouble que tes vrilles mettent dans tes environs, pénètre le monde comme un clandestin, jouis de lui, ensemence la terre, fait-lui porter tes murs, tes lettres comme le premier agencement d’une architecture du savoir qui à son sommet édictera des ordonnances. Fait s’envoler les montagnes, flotter les pierres, vole. Danse. Tourbillonne. Explose encore. Danse. Danse. Danse. Reprends courage. Il n’est de douleur que tu ne saches guérir par ta force. [2004]

Photo d’entête : “Room’s Girl” par Florent Chretien

(PdB) Écrit par :