De l’exotisme, du vrai

Ce sera donc la Chine !

Ce sera donc la première fois que j’irai vivre1 dans un pays qui n’utilise pas l’alphabet occidental et où l’anglais me servira moins que les gestes et les sourires pour m’exprimer. Où je serai totalement analphabète et plongé dans une jungle de signes d’où surnageront quelques noms, quelques mots usuels, des indices seulement et de longues plages d’incertitudes grisantes. Où je serai la potentielle proie de toutes les arnaques possibles, incapable de comprendre si le plat qu’on m’a apporté est bien celui que j’ai commandé, incapable, même, au début au moins, de le manger avec des baguettes. Où je serai coupé de mes repères jusque dans les plus petites choses (comment dois-je m’habiller ?, qui ai-je le droit de regarder – comment – combien de temps ?, quelle distance dois-je respecter entre mon corps et celui des autres ?, comment va-t-on aux toilettes ?, comment dort-on ?, a-t-on le droit de rêver ce que l’on veut dans un pays – encore un peu – communiste ?) et le sentiment d’être perdu, où le soutien des hommes autour de moi sera précieux, pourquoi me voudraient-ils du mal ?

Et puis tenter de comprendre la logique de la langue chinoise, même s’il serait vain de penser la parler ou de la lire au-delà de quelques rudiments, passer de la langue à la mentalité, essayer au moins de se glisser un peu dans la tête d’un de ces (nombreux) habitants de l’Empire du Milieu, se dépayser le corps comme la tête.

Amis amateurs de mondes imaginaires, lorsque vous aurez exploré la richesse du réel, peut-être seulement alors aurez-vous du temps à perdre avec ces créations vaguement inspirées du moyen-âge, ne perdez pas votre curiosité avec ces fadaises, mais prenez la route et laissez-vous perdre… pour de vrai !

Photo : “沈括拿石油來製墨” de Formosa Wandering

  1. Qui est la seule et unique façon de voyager []
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