Défier Dieu – Déifier Dieu (Un fils de Dieu – Bastien Lallemant)

 

Défier Dieu / Déifier Dieu est un double roman d’Atlan Isparo, où chacun des deux a sa propre fin, dans les deux sens du terme, puis s’ils finissent différemment et ne véhiculent pas le même propos. [Difficile d’en dire plus sans trop découvrir deux histoires où le voile est si important]

Ils commencent pourtant tous les deux de la même façon et avec la chanson de Bastien Lallemant, “Un fils de Dieu”. Un inquisiteur au seuil de sa mort, les mains encore sales de sang, de colère et d’horreur, se réveille une matin. Il n’a plus peur de la vengeance des ses contemporains, il ne sait plus trop pourquoi il a voulu mettre des tuteurs si solides comme des fers aux pieds des hommes, il doute. Il demande à Dieu un geste. Mais Celui-ci se cache en son silence, sous ses mille noms, son infinité d’attributs et rien.

Le vieillard ne pourra retrouver le pardon de ceux qu’il a violenté, ni même des siens dont il a éliminé les plus faibles. Il règne sur un troupeau de bêtes composé à moitié de geignards vaincus, à moitié de victimes rancunières guettant leur moment, en compagnie de loups dont il se méfie comme la peste. Il voudrait au moins pouvoir parler avec des hommes à sa hauteur, des tyrans russes (Ivan, Staline), des éleveurs de races (Adolf Hitler, Golda Meir), des tueurs d’Etat (Maximilien de Robespierre, Pol Pot), les modèles qui l’ont inspiré (Tomás de Torquemada, quelques conspirateurs égyptiens, Catherine de Médicis).

Il ne lui reste plus qu’à se donner ou aux chiens et voir si Dieu le sauve ou si son sacrifice pourra l’expier ; ou à haïr Dieu Lui-Même et le défier – mais c’est un enfant trahi et battu qui aimera toujours son Père ; ou alors… il pense à détruire toute la Création pour terminer son travail épurateur, obliger Dieu à se révéler ou considérer qu’en le laissant faire, il reçoit encore sourdement sa dernière mission. Le dernier déluge, le dernier messie, le dernier souffle.

Il est tôt le matin et il va appeler tous ces amis proches du président des USA, ses réseaux russes, ses contacts iraniens, il cherche dans son souvenir des Indiens et des Chinois  qui pourraient l’aider et comment se servir de l’État islamique pour que tout soit secoué en même temps…

Pas évident de lire ni l’un ni l’autre des romans, et les lire tous les deux est encore une épreuve, mais je ne regrette pas m’être infligé cette lecture terrifique. Et ne plus regarder Dieu de la même façon…

Bastien Lallemant

Pour ceux qui aiment la chanson francophone, courez/volez/nagez emprunter/voler/acheter « La maison haute » de Bastien Lallemant que je viens de découvrir en agitant mes gros doigts fouineurs dans les rayons du troisième étage de la bibliothèque de C*. Voix entre Dominique A et (surtout) Serge Gainsbourg, digne du meilleur Biolay, moins tristoune qu’un Miossec, avec de superbes arrangements, vous m’en direz des nouvelles !

Et si vous n’aimez pas, tel Diogène assignait les habitants de Sinope à résidence, je vous condamne à avoir vos goûts ! (Bien fait pour vous !)

Photo d’entête : extrait de “Ray of light hits Paris” par Eoghan OLionnain

(PdB) Écrit par :