Le gourou de la guitare

Donc, l’autre soir, je pensais aller voir ça :

et j’ai vu ça :

A part l’utilisation de l’archet dans les deux cas, je laisse au lecteur constater l’ampleur de mon étonnement… Je ne dis pas que ce n’était pas bien, mais… après un quart de bidouillage sans progression, je compris vite que ce que je pensais être une mise en bouche allait être le plat principal et unique de toute la performance ! Quelle bizarrerie de me retrouver dans l’assemblée d’une soixante-dizaine d’abrutis alternatifs, entourant le  vieux briscard de la guitare qu’on a tant aimé lorsqu’il triturait nos oreilles avec Sonic Youth, étonné que personne ne se rebelle et ne demande au manipulateur de son ce qu’il était en train de faire…

Non, nous étions au contraire tous réunis autour de lui et de sa guitare volante accrochée au bout d’une longue sangle elle-même tenue à un crochet, regardant comme à une procession religieuse le pauvre instrument effectuer des ronds devant nous, dévoyé, ligoté, pris en otage de cet ennui qu’on appelle l’expérimentation. Et personne pour le sortir de cette humiliante torture, tous avec des airs importants comme si nous assistions à quelque chose de rare et de très spirituel, comme le pont vers une extase soufie.

J’avais pourtant vu Lee Ranaldo faire la grimace pendant les cinq minutes où il avait assisté à la première partie, deux gars du coin qui produisaient un gros mur de son saturé, sans variation, nuage de crasse bruitiste épais et sans variation, qui n’avait vite plus été pour moi qu’un bourdonnement gênant de loin la conversation. Je pensais alors qu’il ne voyait de ce groupe local qu’une manifestation de plus de ces épigones qui n’ont pas compris que la force de Sonic Youth était justement de faire dérailler ses trains pour nous emmener sur des voies de traverses où la musicalité était de retour, toujours, au final, que les passages distendues étaient comme des charnières mais que cet équilibre n’en demeurait pas moins structuré et audible (sauf la dernière plage de CD qui peut se permettre d’être une explosion de bruit puisque rien derrière ne doit prendre la suite). Non, il avait dû voir en eux des concurrents crédibles puisqu’au jeu du “je fais un gros son avec plein de saturation et d’écho”, le tableau du maître n’est pas difficile à reproduire…

Une expérience anthropologique, mais pour l’art, on repassera ! Alors pour ce consoler un morceau noisy psychédélique de Yo La Tengo, dernier morceau (celui qui a le droit de lâcher les rênes !) de I can hear a heart beating

Photo d’entête : “Lee Ranaldo” Marcelo Davera.

(PdB) Écrit par :