Home [2012] – Toni Morrison

So what?

C’est tout ce que j’ai pu penser à la fin de l’écoute de ce texte. Non pas qu’il ait été mauvais. En plus, il m’était narré par Anna Mouglalis, femme qui émeut tellement mes hormones que j’en oublie certains de mes principes, comme de souhaiter à tous les fumeurs un bon gros cancer collectif qui les fasse souffrir lentement et nous venge de toute la puanteur qu’ils nous infligent. Voire, j’aime sa voix grave, me poussant à la contradiction la plus flagrante, si bien qu’elle pourrait me lire n’importe quoi j’en demeurerais sous le charme. Et pourtant. Au tout début du texte, en comprenant que le personnage principal, Frank, rentre de la guerre de Corée et doit aller à l’autre bout des USA en faisant face à l’hostilité ambiante, je me suis dit « tiens, une sorte de Rambo (I) noir », pourquoi pas. Et aussi « chouette, un road text ». Puis tout d’un coup la narration s’étend sur la famille du personnage, son village. Soit. Puis on parle un peu de la sœur. OK. Puis de la grand-mère, son mari assassiné, sa nouvelle relation, ses problèmes d’intégration à Lotus : ma foi pourquoi pas. Et puis un peu de la vie de la copine qui veut devenir couturière. Ça me va. Une révélation sortie du chapeau pour éviter qu’on s’ennuie. Allons. Et puis voilà un médecin qui pratique de la gynécologie sauvage dans sa cave : ce n’est pas bien. Certes. Mais ? Je n’ai pas eu l’impression que cette histoire valait plus que celles que raconte ma grand-mère de son village natal. Ça n’a pas la magie de l’Odyssée. Pas le souffle de liberté d’On the road. Ça n’a pas la drôlerie philosophique de Candide malgré le même jardin final à cultiver. Quelques considérations sur la ségrégation raciale, soit, mais ce n’est pas non plus le sujet, sinon l’arrière-plan. C’est donc une petite historiette sur un peu tous, reliés par Lotus et Frank, et peu tout et rien. Je crois que j’ai préféré l’exotisme et l’ésotérisme de l’Alchimiste de Paulo Coelho pour la même conclusion : rien ne sert de courir, on n’est pas si mal là où on est…

Sans doute que Toni Morrison a écrit de bons livres. Sans doute qu’elle a manqué d’inspiration entre 2008 et 2012, ou qu’elle était plus occupée par d’autres choses. Il faudra alors lire un jour les bons, donc.