Le livre-hydre

Deux choses conduisirent Agustín Païtalno à initier le premier livre-hydre.

D’une part son goût pour le jeu de cartes “Il était une fois”, dans lequel les joueurs doivent raconter – dès qu’ils peuvent couper un concoopérant et reprendre la parole – la même histoire commune, tout en plaçant les éléments obligatoires et secret qu’ils ont en main et qui doivent emmener le conteur vers la fin que lui dicte une dernière carte à poser.

D’autre part sa fascination pour le procédé expérimenté par Herbert Quain dans April March (1936), où des neuf chapitres 1 différents présentés au lecteur, trois menaient à un chapitre 2 identique qui en continuait la narration, tout comme les six autres menaient eux-mêmes à deux autres chapitres 2 différents résultants de chacun d’eux, le tout aboutissant, à la fin de la structure en entonnoir, à un chapitre 3 unique , commun à tous.

Ainsi Païtalno écrivit le premier chapitre d’un livre narrant l’arrivée d’un jeune homme dans une ville qu’il ne connait pas, et sa rencontre avec une jeune fille qui lui indique où il pourra passer sa première nuit.

Il confia ensuite à trois écrivains différents d’en écrire chacun leur propre chapitre 2, sans savoir ce que les deux autres allaient écrire. A leur tour, les trois nouveaux rédacteurs demandèrent à trois autres écrivains d’écrire la suite de leur chapitre 2 respectif.

Arrivé à ce stade, et en présence des 13 chapitres (un chapitre 1, trois chapitres 2, neuf chapitres 3) il rédigea une feuille de route où seraient consignées :

  • la fiche individuelle initiale de chaque personnage (document commun à toutes les branches), et son évolution (une par branche)
  • les principaux lieux et événements
  • tout élément à prendre en compte afin que la suite apportée ne contredise pas ce qui s’est déjà déroulé dans la branche

Dans sa conception idéale, Païtalno pensait que son projet allait être comme les comics qui voient plusieurs dessinateurs prendre le relais d’une même série publiée durant des années. Or, il oubliait que les séries étaient néanmoins écrites par des scénaristes qui en assuraient quelques saisons avant de passer la main à leur tour. En aucun cas la série changeait de concepteur d’un épisode à l’autre, ce qui aurait nuit à la continuité de l’histoire, et aurait rendues impossibles les sagas tenues sur quelques mois. Or ce fut bientôt ce manque qui fut souligné par les 27 potentiels auteurs des chapitres 4…

Photo d’entête : « Branches » par Dan Zen.

(PdB) Écrit par :