Le Pousse-pousse – Lao She

Attention je vais raconter la fin (c’était écrit ici), mais comme je ne vous conseille pas de lire ce livre, je ne pense pas faire quelque chose de grave.

Je l’ai acheté pour lire en anglais, parce qu’il se déroule à Pékin où je vis en ce moment et parce que Lao She, quand même, c’est un classique. Je me suis laissé entrainer dans la vie de ce jeune garçon qui décide de devenir rickshaw boy, sans être plus emballé que ça. Même les quelques chapitres un peu plus aventuriers où il va récupérer son pousse-pousse volé par les soldats, ne m’a trop transporté. Rapidement, je me suis demandé pourquoi on me racontait cette vie-là, précisément, quelle était l’intention de l’écrivain qui justifiait qu’on me propose cette lecture. Cette interrogation ne m’a pas quitté jusqu’à la fin. Certes, on s’attendrit parfois pour ce jeune intègre, luttant contre son sort, on s’agace lorsqu’il se sabote, mais on trouve assez vite ensuite le temps long. Temps que c’était écrit en anglais et que ça se passait à Pékin, le texte avait un minimum d’intérêt pour moi, mais si j’avais pu être un peu moins soucieux des minutes restantes à lire (sympathique fonction des liseuses) j’eus pu m’estimer plus heureux.

Puis le dernier chapitre m’a laissé pantois. Après une ellipse incompréhensible – ma seule explication a été que l’auteur s’étant trop appesanti sur des épisodes peu importants, il en a eu marre et a bâclé sa fin alors que c’est là qu’il aurait fallu développer sans doute – on apprend que Xiangzi s’est associé avec Ruan Ming devenu un notable corrompu après avoir été un révolutionnaire persécuteur du gentil maître de Xiangzi, M. Cao. Suivre un peu l’évolution du personnage de Ruan Ming, assister à la rencontre de celui-ci et de Xiangzi devenu cynique, avare et veule alors qu’il était si fier, eût été intéressant, M. Lao ! Mais non, nous sommes au chapitre 24 et voilà le corrompu condamné trainé dans la rue après la trahison de Xiangzi. Tel qu’au théâtre classique, tout nous est narré après coup ! Un gâchis.Et lorsqu’est arrivée la dernière phrase avec sa petite morale à deux yuans sur l’individualisme (vous avez compris les enfants ? Il ne faut pas être individualiste !), ma liseuse a failli me tomber des mains. En plus loin de trouver, comme l’encyclopédiste anonyme de Wikipedia que Xiangzi s’était fait « broyer par une société dans laquelle l’argent est roi » (il perd son premier rickshaw à cause de troubles politiques ; il laisse deux fois tomber M. Cao alors que celui-ci lui permet de vivre un peu mieux ; quand il trouve l’amour il l’oublie…), j’ai surtout vu la déroute d’un homme finalement veule et socialement attardé, et non pas la mécanique odieuse d’un système sans pitié blablabla…

Arrivé dans la souffrance à 100%, je me suis dit que j’aurais mieux fait d’aller me perdre au Manoir Blanc quelques heures plus tôt et de suicider ma lecture en même temps que Fuzi, la seule qui m’ait vraiment touché.

Photo d’entête : « Pousse-pousse » par Ye-Zu.

(=S=) Écrit par :