Étiquette : Amérique du Sud

22 septembre 2012

« Voilà, j’y suis… »

2012-09-17 21.11.17Sauf caprice de dernière minute, ce devrait être le tout début d’un incipit. Ce sera en tout cas ceux de ma vie chilienne puisque ces quelques mots qui me vinrent à l’esprit en descendant du bus qui m’amenait de l’aéroport Arturo Benitez à la station de métro Los Héroes, à Santiago de Chile. Une épreuve physique m’y attendait : transporter jusqu’à l’hôtel les 53 kilos emportés dans l’avion ; mais qu’importait, j’étais tout à mon plaisir de poser les pieds dans la capitale chilienne !

Il m’avait fallu avant cela supporter pendant 11 heures un emmerdeur à usage unique brésilien, aussi gras que malpoli, qui répandait ses bourrelets sur mon fauteuil et avec qui je me bagarrai silencieusement l’accoudoir commun, comme ça, parce que les gens sont cons et qu’il faut bien s’occuper. Je rêvai déjà de transformer le malotru en savon sans passer par une clinique chirurgicale, lorsqu’il eut la bonne idée d’enjamber mon siège alors que je réussissai enfin à m’endormir. Résultat : je me retrouvai à regarder un deuxième film américain débile, mais en espagnol avec sous-titres en portugais, dont, par un réflexe incorrigible, je lus l’intégralité alors que je comprenais sans problème le son et peu ce qui était écrit…
2012-09-18 12.02.10

A l’aéroport de Rio de Janeiro on me pria de suivre un chemin pour la connexion sans aller aux bagages, alors qu’à Paris la charmante Tania m’avait expliqué qu’en raison de la Coupe du Monde de football à venir au Brésil, les autorités avaient changé les procédures, de sorte que je devais réembarquer mes affaires. Ayant obtenu trois réponses similaires auprès de trois personnes différentes, je n’eus d’autres choix que de faire confiance aux autochtones qui me dirent l’inverse, tout en gardant une pointe de doute quand même… la parole d’une Française vaut-elle celle de trois Brésiliens… ? C’est au moment où je commençai à m’essayer à des exercices bouddhistes devant m’aider à relativiser la probable perte de ces valises qui me permettraient de réaliser ces petites choses comme m’habiller, lire et me laver, que je fis la connaissance de J*, compagnonne d’attente, de retour au pays après une expérience de deux ans mi-figue mi-raisin à Paris, notre vol pour Sao Paulo ayant été annulé à la faveur d’un autre plus tardif. C’est donc grâce à ses sourires éblouissants et ses yeux noirs couleur de péché que j’oubliai mes bagages comme un enfant laisse son jouet pour un autre, et compris par quelle magie Adam osa défier l’interdit de Dieu lui-même, avec cette légèreté coupable qui nous oblige désormais à nous laver le nombril. Malgré une très agréable discussion dans l’avion, arrosée au guaraná et éclairée par une vue splendide de Rio au petit matin, les autorités brésiliennes nous séparèrent à l’aéroport de Sao Paulo.