Étiquette : amour

19 novembre 2015

Belle idée qu’ont eu les Éditions du Mystère de commander et publier ce recueil de sept nouvelles qui commencent toutes par la même scène initiale d’un couple s’embrassant. Dans cette scène la description du baiser a été laissée volontairement floue, de sorte que les sept auteurs qui lui ont donné sens, ont pu l’infléchir chacun à sa façon.

C’est ainsi que pour l’un, il est la clef d’une relation qui commencera vraiment seulement quelques années plus tard. Dans une réécriture plus joyeuse d’“el encuentro” de José-Luís Borges où deux couteaux veulent se battre l’un contre l’autre et trouvent à chaque fois d’autres mâles pour les empoigner et servir de mains à leur duel, ici ce sont deux bouches qui s’appellent et, bien que leur deux “supports” aient oublié ce flirt, n’en ont pas terminé l’une avec l’autre. Ce qui expliquera que les deux amants ne fassent jamais l’amour mais s’embrassent à chaque fois comme s’ils avaient à accomplir le dernier baiser de leur vie et qu’il devait les nourrir pour le restant de leurs jours.

Pour un autre, ce baiser est une erreur. On ne sait pas trop si les deux protagonistes sont éméchés, s’ils sont tous deux mariés l’un et l’autre ou ne serait-ce que l’un des deux et si le baiser a ainsi une légère saveur d’adultère. Toujours est-il que ce baiser qui ne sera suivi de rien d’autre, est un geste qui n’aurait jamais dû exister. Et qui n’aura pas d’existence autre que dans un fugace souvenir partagé par deux êtres qui se sont abandonnés sur les frontières de l’interdit et n’en parleront jamais plus.

Un troisième auteur fait de ce baiser le début d’une histoire. Les lèvres se touchent, la musique débute comme au contact d’une tête de lecture et des microsillons d’un disque, et l’auteur nous raconte alors tout ce qu’il a fallu de préparation à ce petit geste-là, presque anodin, que nous aurions, autrement, suivi sans en percevoir toute la profondeur.

9 novembre 2015

On avait adoré cette bande de trentenaires, révélée au grand public par la fraicheur et le rythme effréné de la série “Bref.”, qui narrait en alternant fantaisie et drame, les affres d’un Parisien patachon. On a aimé retrouver les différents acteurs en solo sur scène et sans doute le temps de passer au format long et sur le grand écran, était arrivé pour cette bande là. Non sans risque.

Kheiron – l’ami imaginaire éponyme du narrateur de “Bref.” –  a choisi de raconter la vie de ses parents, militants politiques pris dans les troubles de l’Iran des années 70, lorsque le pays troquait, pour la plus grande désillusion des démocrates, un shah contre un félin islamiste sans doute pire encore que celui qui avait filé. Une série de petits sketchs efficaces et aux dialogues justes, alternent avec des moments où la musique prend le relai, quand il serait verbeux d’en dire plus, et tout cela tisse ensemble le fil d’une histoire, la lutte politique à Téhéran, l’amour qui se vit sous les draps tendus et le bruit des balles, la prison, l’exil en Turquie jusqu’à l’immigration dans la banlieue parisienne d’où le couple ne repartira jamais.

23 mai 2015

Charme de l’amour, qui vous éprouva ne saurait vous décrire. Benjamin CONSTANT, Adolphe (chap. IV) Nos lèvres ne se sont pas encore touchées, tu m’as déjà embrasé… quelle explosion dois-je redouter lorsque le contact sera établi entre ta bouche et la mienne ? Photo d’entête : “Eros Awakening Psyche” –…

7 avril 2015

J’ai dormi chez eux, ce n’était pas prévu. On devait juste se revoir, recoller les morceaux, refaire un peu connaissance après toutes ces années où ils avaient été Parisiens et moi d’ici et d’ailleurs, nos chemins se séparant ainsi, faute de temps de leur part et parce que je ne me bats pas pour exister auprès des gens – je ne considère pas qu’on doive amitié ou amour ad vitam æternam à quelqu’un simplement parce qu’on les lui a donnés un jour, je sais qu’il faut rester digne d’intérêt pour les gens qui ont assez de qualités pour pouvoir choisir de qui ils s’entourent (et non prendre le tout-venant), certes il y a des relations qui n’ont pas besoin d’être alimentées pour rester forte et faire en sorte que les retrouvailles se passent comme si on s’était quitté hier, mais ces amitiés, pour fortes qu’elles fussent, n’étaient pas de celles-là. Ils avaient leur monde et je n’y jouais plus de rôle, c’est tout.

Lui et moi, on ne s’est jamais rencontrés. On était là, on devait avoir 3 ou 4 ans donc on ne se souvient pas de la première fois qu’on s’est vus. Dans nos souvenirs on a toujours été là l’un pour l’autre, nos parents fréquentaient le même lieu important pour eux : on avait le choix entre se taper dessus ou devenir amis et on a préféré devenir amis.

Elle est moi on s’est rencontrés, par contre. On se souvient du lieu, de la date, des circonstances exactes. Il y a eu un bout de vie durant lequel on n’existait pas l’un pour l’autre, ce qui ne nous empêchait pas de bien vivre – et un après, qui nous laisse penser qu’on vit tout de même un peu mieux maintenant.

8 février 2014