Étiquette : Don Quijote

22 novembre 2015

Cher Sorj Chalandon,

Je vous ai croisé seul à un stand et j’ai failli venir vous voir. Je ne voulais pas acheter votre dernier livre, bien que je n’aie, soyez-en sûr, rien contre lui – seulement j’en ai déjà tellement en retard dans ma bibliothèque vers qui j’ai maintenant envie de me pencher que le vôtre attendra. Désolé, mais c’est comme ça. Je serais venu à vous, donc, sans gêner personne, sans jouer des coudes, sans avoir à justifier de ce temps pris aux autres, et peut-être même vous aurais-je rendu un peu service puisque vous auriez été occupé, vous évitant cette situation peu glorieuse de vous voir, vous grand écrivain, sans public, même dans une petite ville de province où quiconque ne passe pas à la télévision juste après le journal de 20h, n’est pas connu. Je l’aurais fait pour vous, vraiment, car j’ai horreur de ces stands de salons où on ne peut pas feuilleter un livre sans être épié par leur auteur guettant votre réaction – et moi j’aime faire des grimaces en ouvrant un livre quand je sens qu’il le mérite. Je l’aurais fait tout de même pour vous, personnellement, car, par exemple, à côté de vous se trouvait Carole Martinez, que je n’ai jamais lue mais que j’ai fait lire en achetant Le cœur cousu à Maman et je n’ai eu aucun scrupule à la laisser seule. Vous, je vous ai lu et entendu. J’aurais donc pu venir vous dire merci pour le Quatrième mur. Mais alors que j’allais me retourner vers vous, je me suis dit que j’aurais donc à vous dire que je vous remerciais de m’avoir construit patiemment une histoire pour la démolir ensuite au moment où j’étais entré moi-même dans le rêve stupide de votre personnage, que je n’ai pu m’empêcher de vouloir savoir, dans une longue nuit terminée avec votre livre et à 5h du matin, où se terminerait l’horreur (alors que vous nous l’aviez dit dès le départ !) et que c’est ce que j’ai lu de plus effroyable depuis des années. Vous m’auriez pris pour un masochiste.

31 mai 2015

Cessons donc de vouloir quantifier à grands coups d’équations ce qui n’est qu’une patine pseudo-scientifique, surcouche masturbatoire permettant des sempiternels et fallacieux arguments d’autorité basés sur un foutraque « une étude a montré que » qui ne trompe que les gogos, écran de fumisteries, techniques de paille, tout ça destiné à cacher, aux autres et à nous-mêmes, que nous poursuivons tous un idéal romantique infrascientifique qui nous est venu un jour en lisant de la littérature ! « L’homme habite en poète », pas more geometrico, et ce pour le meilleur et pour le pire !