Étiquette : Jean-François Revel

30 mars 2016
21 mars 2016

Quelques extraits de la très intéressante préface à l’édition de 1971 de Pourquoi des philosophes ? [1958]

La philosophie, ou l’art de la remballe

pourquoi-des-philosophes-revelLa philosophie est probablement la seule partie du discours humain où il soit possible de réincorporer indéfiniment les mêmes attitudes anciennes dans des phraséologies nouvelles [… elle-]seule a pour propriété d’admettre la réédition du passé, et pour tâche d’en dissimuler la persistance.
Cette métempsycose des concepts philosophiques pourrait venir de la permanence de leur pouvoir explicatif. Mais si c’était le cas, pourquoi, sous leurs successifs habillages rhétoriques, se donnerait-on la peine de les rendre imperturbablement méconnaissables ? Il ne s’agit en fait ni de conserver les mêmes concepts ni de les remplacer, mais de les faire resservir sans que cela se sache. La métempsycose permet le réemploi des vieux concepts faillis en les faisant passer pour neufs. Loin de prouver la solidité de leur pouvoir explicatif, elle prouve donc plutôt la nature presque exclusivement idéologique de la philosophie. [p. 3-4]

21 mai 2015

pour-jfrDurant toute ma lecture, je n’ai jamais su vraiment ce que j’avais entre les mains. Un livre, certes. Mais quoi ? Le titre nous donne un indice : un cri d’amour.

C’est bien, on ne dit pas assez à ceux qu’on aime qu’on les aime, mais l’exercice est périlleux du vivant de l’auteur. S’il n’était pas question que Revel supervise ou amende la rédaction d’un ouvrage le concernant, puisque – et on ne peut qu’être d’accord avec eux – « la notion de biographie autorisée [a]paraissait à l’un comme à l’autre aussi stupide que risible » [p. 15], qu’allait bien pouvoir écrire Pierre Boncenne en sachant que Revel le lirait, qui ne confine pas à l’éloge ?

Et surtout qui pouvait être le public de ce livre ?

18 mai 2015

Dans La Connaissance inutile, Revel s’interrogeait déjà : à travers l’enfermement généralisé, caractéristique d’après Foucault de nos sociétés libérales, avec les écoles, les casernes, les prisons ou les hôpitaux psychiatriques, l’auteur de Surveiller et punir ne décrit-il pas « en réalité une autre société, une société qui le fascine, mais qu’il…

18 mai 2015

pour-jfrLes plus hostiles [au libéralisme] se recrutent en priorité parmi les intellectuels ayant été formés aux sciences humaines les moins  exigeantes, les plus éloignées des méthodologies scientifiques de validation où l’interprétation idéologique ne doit pas avoir sa place. […] [L]es adversaires [du libéralisme], exploitant à bon compte le marché captif du mécontentement, privilégient les thèses du complot permanent des puissances de l’argent étouffant toute velléité de liberté et d’émancipation. D’où l’enfer carcéral dans lequel le capitalisme maintient les êtres humains, victimes d’un véritable totalitarisme, pour le coup. […] Il y a chez les intellectuels occidentaux une propension langagière à projeter sur nos sociétés libérales, loin d’êtres exemptes de très graves défauts, il va de soi, les horreurs patentes des totalitarismes. Dans Le Regain démocratique, Jean-François Revel se souvient d’avoir participé, en 1977, à un entretien sur les hôpitaux psychiatriques « spéciaux » de l’URSS qui réunissait, notamment, Michel Foucault, Raymond Aron, Eugène Ionesco et Vladimir Boukovski : « A un moment de la conversation, Michel Foucault, sans doute excédé par les analyses répétées du système concentrationnaire soviétique, de “l’enfermement” dans la société communiste (la seule caractérisée de haut en bas et de long en large par “l’enfermement” foucaltien), se mit à exploser en vociférant qu’il nous fallait aussi organiser la lutte contre le “goulag occidental”. C’était d’un goût parfait en présence du participant qui sortait tout juste du vrai goulag, Boukovski, lequel fut saisi d’une crise de fou rire. » (Pierre Boncenne, Pour Jean-François Revel, p. 220-221)