Étiquette : Michel Foucault

9 mars 2016 / Labymonde

Aujourd’hui je suis allé me balader tout de noir vêtu au milieu de la double blancheur où je voulais me perdre : celle du sol enneigé et du ciel monochrome et pâle qui semblait n’être qu’une extension immatérielle du premier. Je comptais écouter quelque chapitres d’un roman, mais n’avait pas la tête à ça. “The Diamond Sea” a retenu toute mon attention.

Je me souviens m’être engueulé avec un gars avec qui je devais rédiger un journal politique, il y a de cela quelques années – 1997, je pense ; ça date. Il voulait que je passe la fin du morceau pour mettre une autre chanson plus audible. Je résistai et lui imposai l’écoute jusqu’à la fin de la nappe sonore. J’ai cru un moment, en y repensant, que j’avais été ferme par snobisme, rejouant à mon tour le vieux sentiment d’appartenir à une élite avant-gardo-aristocratique face à la bourgeoisie ignorante qui a encore besoin de notes pour apprécier la musique. Mais je me rends compte que j’aime le morceau tel qu’il évolue et que, dès la 11ème minute, c’est même le passage que je préfère.

Je repensais aujourd’hui au hiatus que je vois (à tort ?) 1) chez le Michel Foucault des années 60, celui qui s’intéresse, d’une part, encore à la littérature qu’il définit comme une « écriture de soi » et, d’autre part, aux épistémès ; 2) dans l’essai – à mon sens raté – de Fernand Braudel, d’en finir avec l’histoire-bataille. Ainsi, donc, après tout le blabla, voilà qu’on a besoin de Sade, Blanchot, Mallarmé ou Roussel chez Foucault ou du « roi et des ambassadeurs » chez Braudel ! Et donc la (potentielle) mort de l’homme, et avec lui clle auteur, la fin du temps court (cette écorce superficielle, cette « écume » !), l’éviction de l’individu : oubliés ? On n’arrive pas à trouver les régularités statistiques, la mer, les cycles économiques, les épistémès ou les nappes discursives suffisantes ? A la poubelle l’un des programmes les plus intéressants de cette décennie ?

17 novembre 2015 / Labymonde

Facebook nous tire vers le bas

Capture d’écran 2015-11-16 à 21.14.17Facebook croit sans doute bien faire, Facebook est malin. En proposant à ses utilisateurs de mettre un voile bleu blanc rouge sur les photos de profil, il nous pousse à réagir de la manière opposée à celle qui devrait être la nôtre. On ne sait d’ailleurs pas exactement ce que cela veut dire. Un hommage aux morts ? Sommes-nous si peu sûrs de notre solidarité et de notre empathie que nous ayons besoin de les afficher aussi ostensiblement ? Contrairement aux discours convenus voulant que l’individualisme gangrénerait nos sociétés modernes, l’homme de plus en plus urbain n’a sans doute jamais été aussi sociable. Et d’autant plus qu’évoluant dans des sociétés ouvertes à l’échelle des grandes villes ou de l’Europe dont il peut désormais rejoindre n’importe quel point à peu de frais, il peut choisir ses groupes avec facilité et sans crainte puisqu’il peut les quitter sans être lié à eux à vie. Nous nous flexibilisons mais notre sociabilité va bien, merci pour elle.

Est-ce pour soutenir un modèle français ? Nos valeurs ? Lorsque Nicolas Sarkozy s’est essayé à définir l’identité française, on s’est aperçu de la dangerosité de ce questionnement et que l’idée de République-même est dangereuse dès lors qu’on essaye de lui donner un contenu positif. Tous les collectivismes ont toujours eu l’idée d’un modèle de société assez précis qu’il fallait imposer au groupe sur lequel il exerce leur « monopole légal de la violence ». Dans une démocratie libérale – cette chose-là qui est mise à mal lorsqu’on tire sur des gens occupés à user de leur « liberté des Modernes » pour s’attarder à des choses aussi futiles que de boire à une terrasse, de danser à un concert ou de voir un match de football – on ne peut que définir des règles négatives, des interdictions, charge à chacun de se choisir une façon de vivre.

Or, en incitant les gens à adopter tous le même comportement, facilite l’expression et flatte nos instincts de troupeau.

18 mai 2015 / Chansons francophones

Dans La Connaissance inutile, Revel s’interrogeait déjà : à travers l’enfermement généralisé, caractéristique d’après Foucault de nos sociétés libérales, avec les écoles, les casernes, les prisons ou les hôpitaux psychiatriques, l’auteur de Surveiller et punir ne décrit-il pas « en réalité une autre société, une société qui le fascine, mais qu’il…

18 mai 2015 / Fragments de lectures

pour-jfrLes plus hostiles [au libéralisme] se recrutent en priorité parmi les intellectuels ayant été formés aux sciences humaines les moins  exigeantes, les plus éloignées des méthodologies scientifiques de validation où l’interprétation idéologique ne doit pas avoir sa place. […] [L]es adversaires [du libéralisme], exploitant à bon compte le marché captif du mécontentement, privilégient les thèses du complot permanent des puissances de l’argent étouffant toute velléité de liberté et d’émancipation. D’où l’enfer carcéral dans lequel le capitalisme maintient les êtres humains, victimes d’un véritable totalitarisme, pour le coup. […] Il y a chez les intellectuels occidentaux une propension langagière à projeter sur nos sociétés libérales, loin d’êtres exemptes de très graves défauts, il va de soi, les horreurs patentes des totalitarismes. Dans Le Regain démocratique, Jean-François Revel se souvient d’avoir participé, en 1977, à un entretien sur les hôpitaux psychiatriques « spéciaux » de l’URSS qui réunissait, notamment, Michel Foucault, Raymond Aron, Eugène Ionesco et Vladimir Boukovski : « A un moment de la conversation, Michel Foucault, sans doute excédé par les analyses répétées du système concentrationnaire soviétique, de “l’enfermement” dans la société communiste (la seule caractérisée de haut en bas et de long en large par “l’enfermement” foucaltien), se mit à exploser en vociférant qu’il nous fallait aussi organiser la lutte contre le “goulag occidental”. C’était d’un goût parfait en présence du participant qui sortait tout juste du vrai goulag, Boukovski, lequel fut saisi d’une crise de fou rire. » (Pierre Boncenne, Pour Jean-François Revel, p. 220-221)

12 décembre 2014 / Philosophie sur l'ardoise

Depuis Raymond Roussel, depuis Artaud, [le point aveugle de la possibilité de la folie et de la littérature et de leur exclusion mutuelle] est aussi bien le lieu d’où s’approche le langage de la littérature. Mais il ne s’en approche pas comme de quelque chose qu’il aurait la tâche d’énoncer. Il est temps de s’apercevoir que le langage de la littérature ne se définit pas par ce qu’il dit, ni non plus par les structures qui le rendent signifiant. Mais qu’il a un être et que c’est sur cet être qu’il faut s’interroger. Cet être, qu’est-il actuellement ? Quelque chose sans doute qui à affaire à l’auto-implication, au double et au vide qui se creuse en lui. En ce sens, l’être de la littérature, tel qu’il se produit depuis Mallarmé et vient jusqu’à nous, gagne la région où se fait depuis Freud l’expérience de la folie.
Michel Foucault, [1964] « La folie, l’absence d’oeuvre », Dits et écrits, I, Gallimard, coll. Quarto, 2001, p. 447

Après une heure à tourner en rond dans l’auto-implication du double-langage ésotérique de la littérature, et avant de chuter dans le creux de ma folie, j’ai décidé d’aller chercher l’être du langage de la littérature avec un filet à papillons fous le long des champs de mon incompréhension. Quelle drogue faut-il pour comprendre ce charabia ?

19 octobre 2013 / Canciones en español

« Que qui que ce soit veuille le moindre mal à Michel nous apparaitrait comme une injustice, une incompréhension de ce que devrait être les lois de l’univers. » C’est avec cette dernière phrase, sans doute la moins non-écrite de tout ce que je viens de m’infliger, que je décide mettre fin à ce foutage de gueule. D’autres iront plus loin que la page 115.

ce-qu-aimer-veut-dire-de-mathieu-lindon« Mais non, ça se fait pas, ça décolle peut-être juste après ! », me direz-vous. 115 pages c’est quand même long pour une entrée en matière et comme blague, n’en parlons pas… Je n’en avais rien à fiche les 70 premières pages, j’ai commencé à me trouver idiot de continuer ensuite, pourquoi consacrer plus de temps à ce qui devient du masochisme ? Et puis je suis déjà comblé, c’en est trop : j’ai appris que ces gens fabuleux jouent au mikado, prennent du LSD, tombent amoureux du premier inconnu qui termine la nuit dans leur lit, et mangent les gâteaux allégés des autres. Si Saint Augustin lisait ça, la vache de leçon qu’il prendrait ! Donc, oubliez le name dropping, oubliez que Mathieu est le fils de Jérôme, que vous avez probablement lu Hervé et Gérard un jour et que Michel est LE Michel Foucault du Collège de France devant qui tout le monde se prosterne, et ce récit, qui est ce que la caméra de surveillance est au cinéma, n’a strictement aucun intérêt. Ce n’est donc pas simplement une arnaque pitoyable qui est entre mes mains, c’est un nouvel exemplaire de « Ce que le mépris veut dire », œuvre collective dans laquelle les éditeurs rivalisent, soucieux de nous abreuver des témoignages navrants de tous ces gens géniaux qui ont la même vie que vous, mais à la différence qu’ils la passent au Quartier Latin. Et ça change tout. Prenez des médiocres et élevez-les aux rangs d’icônes parce qu’ils ont su s’épancher dans les bons bureaux, lancez sur le marché quelques « fils de » parasitant avec fatuité l’aura de leur(s) illustre(s) parent(s), et les petites gens vont se régaler de nos déchets consignés dans du papier-poubelle. Ces cons regardent la télé-réalité et lisent Christine Angot, de toute façon, on ne va pas leur filer des perles ! On dirait même que ça gagnerait des prix et ils avaliseront, ces andouilles de lecteurs.