Étiquette : révolution

26 août 2015

Tiens, à croire que vous lisez dans mes pensées, Brice Couturier. Alors que j’étais en train de voir comment je pourrais vous assigner en justice pour « plagiats par anticipation » outrageusement répétitifs, tant je suis d’accord avec vos chroniques, voilà que nous divergeons. Ouf !
Ainsi, voir dans les djihadistes des nihilistes me parait une hypothèse intellectuellement paresseuse, sortant de votre poche une sorte de Mal Radical inexplicable qui fait d’eux des Méchants et puis c’est tout.

Et si c’était simplement des révolutionnaires conséquents, les premiers, qui faisaient vraiment du passé « table rase », des ‘gramscistes’ rigoureux en quelque sorte ? En 1789, on n’a pas détruit les églises ni Versailles, résultat : obligé de passer par la béquille de l’Etre Suprême, puis Restauration. Même les Chinois, pendant la Révolution culturelle, n’ont pas détruit les symboles de l’impérialisme. Résultat : le PCC évolue doucement vers une forme de néo-impérialisme. C’est bien la première idée que j’ai eue lorsque je voyais ces petites filles dans la Cité Impériale qui portaient la fameuse coiffe des impératrices : « ils n’y ont pas cru. » Ils ont beau avoir mis la photo de Mao sur la Cité, c’est la Cité qui va finir par l’emporter sur la photo. Ce gros porc de Mao aurait bien pu passer la petite fille dans son lit, si elle était née plus tôt. Mais la petite fille est vivante et la coiffe sur ses cheveux, au milieu des murs intacts de l’Impérialisme, et alors que le régime chinois actuel a ressuscité Confucius – lui, symbole de la vieille Chine qu’il fallait abattre -,  c’est le communisme qui va bientôt rejoindre Mao sur son lit de mort, dans son mausolée, là, sur la place Tien An Men, juste en face.

5 mai 2015

Au début du XXe siècle lorsqu’on voulait faire partie de la jeunesse de gauche, on adhérait à l’anti… pardon… l’altermondialisme. Il s’agissait donc de se réunir et d’inventer rien de moins qu’un autre monde. Certes il n’était encore qu’en gestation, potentiel, utopique mais possible ! Aujourd’hui, on l’attend toujours. Comme Godot. Avec moins d’espoir qu’il advienne puisque ses braises paraissent froides et sans doute se trouve-t-il enterré avec Chávez au Venezuela. Mort donc, définitivement.

Ensuite il fallait s’indigner contre le monde existant. Il ne fallait plus créer quelque chose de mieux à la place, on se faisait moins ambitieux, mais enfin la contestation était globale et l’ombre d’un contre-projet pouvait encore faire semblant d’exister.

Maintenant que Hessel est mort, lui aussi, et que ses fans en ont marre d’être fâchés oui mais tous ensemble, en 2015, le secret de la coolitude n’est plus que de s’opposer à TAFTA. Évidemment personne n’a lu le projet mais enfin, il faut être contre car avec cet accord de libre-échange, les méchantes firmes des Méchants Américains vont nous manger tout cru !

6 février 2014

La dernière vanité du révolutionnaire est de se croire émancipé de ses déterminations. Or à force de se méfier des recoins d’où pourrait venir le filet qui l’emprisonnera, il ne voit plus, là en évidence, bien au centre de la tragédie, que son ombre a fait de lui sa marionnette.

Et il n’y a rien de plus difficile pour celui qui est entièrement anti- que de ne pas retourner jusqu’à revenir à pire, puisque le dernier acte vraiment ébranleur de la tradition de la rupture revient à finir par revenir au conservatisme le plus restrictif.

Ainsi, le destructeur finit par se guillotiner, comme le rire finit par se moquer de lui-même en pleurant : afin de demeurer conséquents.