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11 janvier 2015

I

Il est donc quelqu’un en moi que je combats pour me grandir. Il [faudra un] voyage difficile pour que je distingue ainsi en moi, tant bien que mal, l’individu que je combats de l’homme qui grandit. Je ne sais ce que vaut l’image qui me vient, mais je me dis : l’individu n’est qu’une route.
Antoine de Saint-Exupéry, Pilote de guerre, Paris, Gallimard, coll. Folio, p. 192

Voilà, comme dans tout film d’horreur bien scénarisé, il faudrait ne pas se séparer pour espérer survivre.
Mais lui sait qu’il ne sert à rien de se débattre puérilement : puisque nous finirons tous défaits, autant économiser du temps et affronter la Bête invisible en face et tout de suite ! Au pire, nous irons plus vite en Enfer aller botter le cul à Mozart et Da Ponte pour la fin ridicule de leur Don Giovanni, alors que le Commandeur pouvait très bien revenir sur Terre inciter notre pauvre libertin à jouir tout ce qu’il peut de la vie avant d’aller s’ennuyer ad vitam aeternam à la droite du Père.

Enfin…
Là, écoutez, c’est “The First Days of Spring” qui vient de commencer.

Au moment où tonnent les premiers coup de tambour, écho échappé des battements de son cœur qui sourdaient dans les eaux profondes de ses futurs déchirements, il devine bien que dans 5:56 minutes quelque chose de fort va éclore de la situation dans laquelle il est en train de pénétrer.
Il écoute la sirène du bateau. Celle-là même que Yamaguchi Seishi entendait entrer en lui lorsqu’il écrivit

Marée de printemps –
dans tous mon corps
la sirène du bateau

, et que les hommes qui se comprennent font retentir les uns pour les autres. Sauf, mon bon vieux Chikahiko, qu’il y a belle lurette que les hommes se sont émancipés des voies liquides ! Sa sirène à lui a deux bras ouverts mais pas de jambes, sinon une queue agrémentée d’une dérive et de deux stabilisateurs, et, comme la vie il y a des siècles et des siècles de cela, elle a quitté l’eau pour chanter toujours plus près du soleil. Pourtant il l’entend cette sirène, il en est sûr, et sa valise semble vibrer en résonance à cet appel de la route.

15 juillet 2014

Je crois que je n’ai jamais vu un clip aussi beau, où on voit l’absence.

21 février 2014

En choisissant de suspendre le temps de l’étape, j’avais choisi de vivre une émotion plutôt que de voir un spectacle. (p. 76)

20 février 2014

Ce qui rend le voyage nonchalant, c’est l’absence de l’obsession du terme, la liberté soudaine et choisie d’apprécier le temps présent. […] Les haltes ne sont plus de simples étapes, c’est-à-dire des points de progression programmée vers une fin prévue. (…) Quand elle ne s’inscrit pas  dans un voyage prédéfini,…

19 février 2014

Je n’ai jamais pu remercier la femme qui m’avait laissé Ulysse après le massacre de Georges Hautner, car le soir où nous devions nous revoir elle était partie, et je n’avais pas pensé à lui demander son numéro de téléphone (encore moins une adresse, quelle vieillerie !), étant sûr d’avoir d’autres occasions de le faire. Il ne m’a resté donc que ça d’elle, et le souvenir de ses cheveux légèrement roux éparpillés sur le blanc de la peau de ses épaules. Est-ce parce qu’au moment-même d’ouvrir sérieusement ce livre je ressentais la nostalgie qu’il est bon d’éprouver lorsqu’on entreprend de se lancer dans un road movie ? Toujours est-il que j’ai dévoré ces chants modernes de l’exil volontaire, quand plus rien de la nécessité pousse Ulysse loin d’Ithaque, autant que le livre m’a dévoré. Ma perdition je lui dois : qui dois-je remercier ? Une femme, Homère ou Hautner ? Les trois, sans doute. Et je me plais à penser, en tout bon narcissisme, qu’une lente conspiration attendait que germe le moment de détruire ma vie pour mon plus grand bonheur. Avant que je ne commence à parler de moi, voici donc l’incipit de ce livre que j’avais sur les bras comme l’enfant abandonné d’une liaison fugitive.