Passacaille (Trio en La min) – Maurice Ravel

C’est aussi lorsqu’on est loin d’elle qu’il faut penser à notre chère Europe. A la défendre de ces fous qui la menacent de l’extérieur. De ces fous qui la menacent de l’intérieur et qui ne sont pas loin d’avoir la même tête que ceux de l’extérieur, quand on regarde bien. De se rappeler que c’est un plaisir de traverser des frontières sans présenter ses papiers, de payer avec cette absurde monnaie politique qu’est l’euro, d’aller de Roma à Oslo, de Porto à Helsinki en quelques battements de réacteurs, de coucher avec une Allemande sans risquer un procès pour trahison, d’aller prendre un café turc à Budapest en attendant l’arrivée d’Istanbul, d’aller sur un coup de tête à Bruxelles, d’un coup de dé à Vienne, d’un coup de rein à Warsawa, fêter Berlin, vivre Athènes, respirer Paris et se sentir un peu chez soi et en paix partout dans ces endroits.

Lorsque Maurice Ravel écrivit cette passacaille, notre continent était entaillé par les nationalismes. Cette guerre odieuse de 1914-18. Sans doute l’Europe dans laquelle nous mourrons n’aura pas le même visage que celle dans laquelle nous sommes nés. La Catalogne sera sans doute apparue, peut-être la Corse, la Flandres1 ou la Bretagne se seront séparées de leur pays respectif. Peut-être que l’Ecosse aura pris son indépendance et l’Irlande retrouvé son unité. Peut-être que le continent se sera éclaté en grandes métropoles et qu’on aura abandonné les nations telles que nous les connaissons depuis peu ou prou le XIXème siècle. Qu’importe : elle aura changé, elle n’aura pas vieilli, elle sera peut-être plus jeune encore.

Mais il faut vraiment penser à l’aimer et ne pas la laisser tomber dans les mains de ses ennemis intimes.

Photo d’entête : extrait de “HTRC remodel — Day 3” par Jeff B.

  1. Et par extension la Wallonie indépendante ou rattachée à la France, avec une principauté autonome de Bruxelles  ? []
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