Quelques portraits de philosophes esquissés par Jean-François Revel

La méthode Heidegger : une tautologie à point de départ arbitraire

pourquoi-des-philosophes-revel[L]a méthode [de Heidegger] consiste à énoncer d’abord ce qui est à prouver ; puis à formuler l’idée de cinq ou six manières à peine différentes, en se bornant à juxtaposer les phrases les unes à la suite des autres. Enfin, au début de la dernière phrase du paragraphe, qui répète la première et toutes les autres, il écrit simplement « donc ».
Les heideggeriens sont prêts à faire beaucoup de concessions sur l’être, les étants, etc. Mais il y a une chose, tout de même, disent-ils, qui reste, c’est la méthode, la technique de pensée de Heidegger. Or en fait, qu’est-ce que cette méthode ? C’est une tautologie à point de départ arbitraire. [p. 59]

Bergson : un bateleur de mots

Si quelqu’un s’est bien payé de mots, c’est bien Bergson. Son extraordinaire réputation de son temps, suivie de sa chute non moins spectaculaire, s’explique par le fait qu’il est une fin et non un début. Il a sur admirablement orchestrer des thèmes déjà périmés à son époque et qui, par conséquent pouvaient s’emparer des esprits sans rencontrer aucune résistance. Le public était enthousiasmé de se voir redevenu original au prix de si peu d’efforts et de sacrifices. Mais à son temps Bergson n’a rien compris. Il est passé sereinement – ou hargneusement – à côté de la psychanalyse, du socialisme, de la physique moderne, pour culminer avec Les deux sources de la morale et de la religion, dans une exaltation pré-fasciste du « héros » guidant les peuples. [p. 67]

Photo d’entête : “Japan Festival Revolution 08” par Ikhlasul Amal