Sophie Daull, la mort jusqu’à la moelle

Après avoir découvert Sophie Daull, ce soir, en passant devant une boite-à-images qui était allumée sur une émission littéraire dont j’ignore le nom et présentée par un clone de Frédéric Beigbeder, aussi maniéré mais apparemment un rien plus intelligent que le jet-seteur de Canal +, je suis allé voir qui est cette dame qui nous parlait de l’assassinat de sa mère. J’ai donc appris l’existence de l’œuvre de celle-là dont les trois livres parlent de la mort de sa fille, de son deuil de sa fille puis de la mort de sa mère.

J’avoue ne pas avoir eu envie de lire ces trois témoignages « poignants et forts »1, tenant la bride de ma curiosité pour le prochain “roman” où l’auteure nous racontera le deuil de sa mère (avec un chapitre sur celui de sa fille). Voire, si la créativité est au rendez-vous, comment son double en deuil part dans un autre monde rencontrer les âmes de sa fille et de sa mère, qui y tissent un dialogue féministe et intergénérationnel, saupoudré de sucre derridéen réhaussé de paillettes Jankélévitch, le tout coulant sous l’ambroisie lévinassienne2, au milieu d’un coryphée composé par Simone Veil et ses sœurs de déportation.

A moins que le décès d’un nouveau proche lui donne une nouvelle occasion de livre ?

En attendant, donc, que la fiction repousse encore les limites de l’exploration de la possibilité d’écrire  – que l’étendue de la souffrance de Christine Angot avait pourtant largement dilatée au point d’agrandir un nombril pour le faire aller des poils du cul jusqu’à la bouche en cul de poule – tout ceci m’évoque deux réflexions :
1) il ne fait pas bon faire partie de la famille de cette dame,
2) il y en a qui ont la mort rentable.

A la décharge de cette pauvre survivante, elle était accompagnée dans cette émission d’une présentatrice de je-ne-sais-quoi, venue nous parler du suicide de son frère, d’un autre gars, blanc, qui parlait du rapport ambigu et problématique à ses parents, et enfin, encore un autre mâle, mais noir, celui-ci, quelle diversité, qui nous entretenait sur ses rapports problématiques et ambigus à ses parents adoptifs. Soirée nombril, donc ; morts ou vivants.

Et, bien sûr, on embrigade la littérature dans tout ça, qui a bon dos et le fait rond pour ne pas crever de honte. Mais à force de descendre toujours plus bas, elle commence peut-être à en avoir plein le cul de ces témoignages qui dégoulinent en son nom !

Bon, j’arrête. Qui sait si un jour Sophie Daull, en panne de sujet, ne va pas un jour essayer de me retrouver pour me tuer et écrire son prochain roman où elle ausculterait, « dans une langue âpre et sans concessions »3, ce qu’est d’avoir été victime puis d’être passée dans la peau du bourreau. Un récit poignant et fort, on n’en doute pas…

Photo d’entête : “DSC_1443” par Dronny Darko

Notes

  1. Je pars du principe éprouvé que, puisque c’est triste et réel, c’est absolument génial.
  2. Dans une magnifique traduction de Yann Moix.
  3. Une journalinette qui a bien dû écrire ça quelque part dans un magazine.
(PdB) Écrit par :