Transupportages

Avant
Si tu es supporter de Strasbourg, ce soir tu es aussi supporter de Bastia et de Boulogne en même temps.

Il ne m’est jamais arrivé d’avoir envie de brûler un gars qui croit qu’il mange vraiment le corps d’un type à qui Flavius Joseph n’a pas daigné consacrer plus de trois lignes dans La guerre des Juifs, et que Constantin a consacré juste pour faire chier les Mithrandistes (mais quand même, quelle bande de cannibales, les cathos…), mais quand tu as fait du football ta (ton ersatz de) religion, tu vis aussi ton lot de mystères que les Mécréants ne peuvent pas connaître…
Allez, les Bleus !!!!

Pendant

Après
Ce soir nous avons gagné ET perdu en même temps puisque l’objectif n’est pas atteint… Nous avons battu un record d’affluence en National qui risquera d’être inégalé pendant longtemps sinon à jamais, et pourtant nous sommes tristes. Et vous avez vraiment besoin de prophètes qui viennent sur Terre faire des miracles, alors que nous autres, footeux, nous en éprouvons plein en nous ?

Encore après
Tout était prêt pour la joie. Le stade était plein de chants, d’attente, de cris, d’espoirs, de frustration depuis 3 ans qu’on joue contre des équipes amateurs et des patelins inconnus. France Bleu avait dépêché une intervieweuse dans les tribunes, multipliait les appels aux supporters pendant la pause. On fêtait déjà un peu dans nos têtes cette époque révolue où nous étions resté de vrais supporters, « pour le pire », jetz geht’s los pour le meilleur ! L’exploit était dans les starting blocks. Nous étions en train de chauffer nos voix pour nous entrecrier « ouaaaaais ! » dans la rue sur fond de klaxon, rien que parce que nous partageons les mêmes couleurs, groupe en fusion sur le plus petit dénominateur commun. Normalement, lorsqu’on s’applique tant à déclarer son amour à la femme aimée, elle ne peut pas nous dire non, là devant tout le monde1. La victoire doit bien nous choisir, surtout lorsqu’on a mis deux buts à la régulière. Nous célébrions la montée en ligue 2, tant de sacrifices aurait dû l’attendrir. Dans un film américain, ça n’arrive pas la déception, c’est immoral, on n’a pas le droit de trahir un public. Mais la vie est cruelle. Tragédie. Nous sommes repartis avec la bague de fiançailles dans la poche, nos amertumes (« Ah la défaite à Bastia », « Oh celle à Avranches », « Et les deux points cadeaux de Marseille-Consolat à Bourg-Péronnas pour le tapis vert ! »), notre tristesse. Mais c’est aussi dans ces creux-là que la montée, demain, vous verrez, comme la révolution, un jour, à force de merguez, de chants et de volonté, aura la saveur d’un sommet !

Dans un film américain on aurait fini son paquet de pop-corn et on serait allé au lit sans même avoir envie d’honorer bobonne. La vraie vie est plus forte que mille déflagrations navrantes au prétexte d’avoir à sauver le monde.

Pour mémoire
Cela dit, cela ne marche qu’avec le football, on est d’accord, hein ? déjà les sports individuels, c’est différent. Et les autres sports collectifs n’ont rien à voir puisque ce sont juste des divertissements sordides et vains. Rien à voir. Le mot “sport” devrait être d’ailleurs banni qui subsume des réalités totalement hétérogènes. Le football, un sport ? N’importe quoi.

Photo : “Allez Racing” de Mickaël.

  1. Sauf pour Raymond Domenech… []