Je t’ai trouvée quelques minutes à un concert de Dominique A

Tu te souviens ?, nous nous étions aperçus que nous aimions tous les deux Dominique A., et tu m’avais donné un rendez-vous aveugle pendant le concert.

J’ai ainsi commencé le concert tout devant, au centre, à moins de trois mètres du chanteur venu interpréter les chansons de son premier album, seul sur scène, mais dans des versions largement dépoussiérées. 20 ans déjà…

Puis je me suis déporté vers la droite de la scène pour prendre du recul, attendant ton premier texto comme nous l’avions convenu. Je me suis ensuite baladé doucement d’un endroit à l’autre dans la salle, passant près de toi pendant quelques morceaux, t’ayant reconnue dans la foule, accrochée à ton téléphone, proche de toi, tout proche à en humer l’odeur du parfum de tes cheveux, refréner une grande envie de baiser ton cou comme un vampire amical qui voudrait goûter le salé de ta peau.

Et m’éloigner pour ne pas succomber à l’appel, revenir pendant le rappel… laisser une chance à nos regards de se croiser.

Sans doute le meilleur des trois concerts de Dominique A. que j’aie vu. Musicalement d’une part, tant pour la première partie que pour la deuxième, avec un subtil mélange de guitares saturées et d’instruments à vent que je trouvais très beaux dans l’album et dont l’ambiance était parfaitement conservée. Je me souviens à cet égard qu’il avait massacré “La relève” lorsque j’avais été le voir la deuxième fois, et que ce genre de détails m’avaient fortement déçus, dans un set qui avait l’amer du rock sans le sucre des instruments plus classiques, alors que le charme de ce chanteur est de réussir à mêler poésie et paroles prosaïques, force et douceur.

Bref, j’ai pu assister à ce concert avec de nombreux points de vue différents qui me laissent des souvenirs variés, un peu comme dans un tableau de Vieira da Silva multipliant les points de vue sur une même surface.

Et nous nous sommes perdus, tout ça n’était pas sérieux. Tu n’étais pas la « femme au harpon », mariée et mère, nous n’étions qu’un jeu l’un pour l’autre, nous nous sommes frôlés à l’occasion de ce moment  partagé différemment pour nous deux au milieu de tous les autres, c’est tout ce que nous souhaitions.